Buch 
Réunion de tous les discours d'ouverture - leçons / par Michel Chevalier
Entstehung
Seite
37
JPEG-Download
 

37

DEUXIÈME DISCOURS D’OUVERTURE.

la plus nombreuse a constamment dépendu beaucoupmoins de la répartition des produits que de l’étendue dela production. Si les travailleurs des champs et desvilles étaient plongés dans la misère, cela provenaitbien moins de ce que les produits étaient mal répar-tis entre les diverses classes de la société, quoique àcet égard il y eût à redire, que de ce que la produc-tion était très-bornée. Je ne puis entrer ici dansl’examen détaillé de toutes les causes qui limitaient ainsila production. Je prends le fait en lui-même, et j’en tireune conséquence qui subsiste indépendamment de toutesles causes desquelles le fait procède : à savoir que, pouraméliorer le sort des ouvriers des champs et des villes,il a fallu à toutes les époques accroître la production,développer les forces productives de la société.

Il en est de même aujourd’hui ; en voici la preuve :les estimations les plus dignes de confiance portent le

revenu annuel de la France à 8 milliards pour 35 mil-

•

lions d’habitants ; soit, en moyenne, à 230 fr. par tête,ou par jour et par tête à 63 centimes, pour toute dépensede nourriture, de logement, de vêtement, pour la satis-faction de l’esprit et pour le culte des beaux-arts. Ainsi,quand même en France tout le monde serait mis à lamême ration, en supposant qu’une société puisse subsis-ter sur cette base inique de l’égalité absolue, la part clupauvre le laisserait encore pauvre. Rien ne serait changé,il n’y aurait que des pauvres de plus.

Aujourd’hui donc, comme il y a deux mille ans, commeil y a quarante siècles, l’amélioration du sort de la classela plus nombreuse exige l’agrandissement de la produc-tion. Hors de là le mal est sans remède; tout est illusion,et les amis les plus dévoués et les plus sincères desclasses ouvrières doivent se déclarer impuissants. C’estdonc à accroître la production qu’il faut aviser. Quant à