TROISIÈME DISCOURS D'OUVERTURE. 19
souvent, ont accompli de vastes ouvrages pour l’assainis-sement de leurs territoires, pour l’irrigation des terres,pour l’établissement de rapports plus faciles entre leursdiverses provinces. La fable de l’hydre de Lerne n’estprobablement que le récit figuré d’un dessèchement demarais. La vallée du Nil avait été sillonnée, par les roiset les prêtres de l’Égypte, de canaux d’arrosement, etparsemée de digues. A Rome, de grandes œuvres s’ac-complissaient parles soins de l’État. Les empereurs etles consuls employaient leurs soldats à jeter des ponts, àtracer des chaussées dont la solidité est demeurée pro-verbiale, à endiguer les fleuves et à assainir les maré-cages. Tous savez enfin que le plus long des canaux quiexistent sur la terre, le grand canal de la Chine, a étéconçu et exécuté par l’État dans la vue toute populaire defavoriser le transport des denrées nécessaires à l’alimen-tation publique des provinces méridionales de l’empire àcelles du nord. Vous ne l’ignorez pas, c’est l’utilité ex-trême de cette communication qui a attiré vers elle, il y apeu de mois, les forces britanniques ; et comme c’estlittéralement une artère de l’État, le gouvernement chi-nois, une fois qu’il a vu l’armée anglaise maîtresse de soncanal, s’est empressé de demander la paix à ceux qu’au-paravant il affectait de dédaigner sous le nom de bar-bares aux cheveux rouges.
L’intervention du gouvernement dans les travaux pu-blics procédait donc souvent, chez les gouvernementsanciens, d’un sentiment de sympathie à l’égard des peu-ples. Souvent aussi elle était inspirée par une pensée deconvenance politique. Les gouvernements d’alors, pen-sant avec raison que l’oisiveté est la mère de tous lesvices, jugeaient bon de ne laisser dans le désœuvrementni la multitude dé leurs sujets, ni leurs soldats, ni lajeunesse ardente qui peuplait les villes aussi bien quei. 4