QUATRIÈME DISCOURS D’OUVERTURE. 7o
au riche, il assure une part dans les bénéfices du travail ;car, encore une fois, Messieurs, le crédit suppose tou-jours le travail, et l’idée de crédit implique cette autre,que la somme avancée soit employée utilement, c’est-à-dire serve d’instrument de travail (1). Prêter de l’argentcontre une promesse de remboursement avec intérêt,c’est supposer que l’argent prêté produira, dans lesmains auxquelles on le confie, un revenu plus fort quel’intérêt qu’en attend le prêteur. S’il n’était pas consacréau travail, il n’y aurait aucun revenu, et l’intérêt verséserait une destruction du capital au lieu d’être le témoi-gnage d’une création.
Il est impossible de séparer l’idée de crédit de cellede travail ; de même qu’il faut toujours accoupler celle detravail ou de production à celle de consommation ou dedébouché. Crédit, travail, consommation, sont trois ter-mes corrélatifs qui s’enchaînent par un lien indissoluble.Ce sont trois forces de natures diverses qui se répondentet doivent se balancer ; l’économie politique, sous peinede graves erreurs, doit aviser sans cesse à la pondérationde ces trois pouvoirs.
Depuis le commencement des temps historiques,une évolution s’accomplit qui élève graduellement lacondition des hommes industrieux. Car vous savez que,dans les sociétés antiques, l’homme voué à la produc-tion, celui qui représentait nos grands manufacturiers,nos riches filateurs, nos puissants maîtres de forges, toutaussi bien que le dernier des manouvriers, était réduiten esclavage. Il en était de même de l’immense majoritédes cultivateurs, aujourd’hui chez nous seigneurs et maî-tres du sol qu’ils mettent en valeur. Tous ces hommes,
(1) Je parle ici du crédit industriel, et fais abstraction des empruntsdes États, qui ont eu le plus souvent et peuvent encore avoir dans degraves circonstances une destination toute différente.