98 COURS D’ÉCONOMIE POLITIQUE.
et Louis XV avaient fortement endetté l’Ëlat, et toutesles grandes monarchies avaient suivi la même voie, envertu de ce penchant qu’avaient ces gouvernements sanscontrôle à dépenser toutes les sommes qu’ils pouvaientse procurer par quelque moyen que ce fût. Toutefois, ?les lois du crédit public et ses règles suprêmes n’ont étéétablies en théorie eL en pratique que depuis les der-nières années du dix-huitième siècle. La banqueroute,depuis lors, a été plus sévèrement qualifiée, plus énergi-quement réprouvée; non cependant que plus d’un gou-vernement aux abois ne se soit depuis lors laissé entraî-ner à cet expédient exécrable. On a fait du crédit publicun emploi extraordinaire. Le crédit public a joué ungrand rôle dans le drame qui a bouleversé et ensan-glanté l’Europe, depuis 1789, pendant un quart de siècle.
C’est peut-être vingt-cinq milliards que les gouverne-ments de l’Europe ont empruntés depuis le serment ^du Jeu-de-Paume jusqu’à nous. Et il ne serait pasinexact de dire que si cette lutte se termina par le ren-versement du colosse dont la fortune était associée àcelle de la France, ce fut que l’Angleterre trouva du cré-dit jusqu’au bout, tandis que Napoléon en manqua.
C’est aussi depuis ce temps qu’une institution auxi-liaire du crédit public a été' mise en œuvre : je veuxparler de l’amortissement, machine qu’on a supposéed’abord d’une puissance tenant du miracle, et qu’ontraite aujourd’hui comme ces vieux engins compliquésqui excitaient l’admiration de nos pères, mais que lesmécaniciens modernes regardent d’un œil de dédain.
Nous nous rendrons compte de ce que l’amortissement a Jété et de ce qu’il peyut être aujourd’hui; nous exami-nerons les services qu’il a rendus, et nous essaieronsde mesurer ceux qu’il peut rendre encore. Il n’est paspossible de mettre en doute, pour un État plus que pour