CINQUIÈME DISCOURS D’OUVERTURE. 99
un particulier, la convenance d’amortir dans les tempsprospères les dettes qu'on a contractées dans les mo-ments difficiles. Vous ne devez donc pas vous attendreici à ce que je conteste le principe de l’amortissement.Mais il me restera encore à exposer les meilleures dispo-sitions financières qu’un État doit adopter pour attein-dre cet objet désirable.
Le crédit public, Messieurs, est aujourd’hui très-dé-veloppé en Europe, et généralement dans toutes lesdépendances de la civilisation occidentale qui comprend,avec les régions européennes, celles que les nationsde cette partie du monde ont peuplées de leurs nom-breux et infatigables essaims, je veux parler du Nou-veau-Monde tout entier. C’est, vous ai-je dit, depuis undemi-siècle que le crédit public a pris sa grande crois-sance. Vous remarquerez assurément que pendant cettemême période la liberté s’est acclimatée sur ces vastescontrées des deux hémisphères : en Europe, sousla figure d’institutions représentatives plus ou moinsétendues ; dans le Nouveau-Monde, par l’indépendancequi a brisé les liens de soumission du nouveau continentenvers l’ancien, et par l’établissement plus ou moinsheureux de gouvernements parlementaires à la placed’autorités déléguées par la métropole. Cette coïncidencede l’ère de la liberté et de celle du crédit public n’estpoint l’effet d’un pur hasard. Le crédit public, Messieurs,est le fils légitime de la liberté. Non qu’il suffise à ungouvernement de se dire ou de se croire libéral pourque le crédit vienne à lui, mais parce que le crédit nese rend et ne s’établit à demeure que là où il voit uneliberté régulièrement assise, fonctionnant avec ordre etavec calme. Les annales delà liberté comptent des joursnéfastes de violence, des époques de bouleversement etd’anarchie ; or, le crédit, n’affectionne la liberté que