HUITIÈME DISCOURS D’OUVERTURE. 147
comme ailleurs* c’est un fardeau qui, s’il est glorieux,n’en est pas moins lourd, et pour que les hommes pus-sent en recevoir le dépôt, il leur a fallu l’initiation d’unelongue suite de siècles. Ainsi, dans les mystères desreligions antiques, l’initié n’arrivait à la connaissancedes secrets du sanctuaire, qu’après avoir traversé deformidables épreuves, après être passé par l’eau et parle feu. La liberté, qui élève notre âme, qui développenotre esprit et nous rend dignes de l’empire de la créa-tion, la liberté tant voulue de nos pères, la liberté con-quise à jamais, il faut le croire, par leurs héroïques ef-forts, fut le fruit d’une longue et pénible lutte. Ne nousabusons pas, Messieurs, il n’est pas possible de l’exercersans de continuels labeurs. Le repos auquel cependantnous faisons tous profession d’aspirer, n’est point faitpour l’homme libre sur la terre. Il peut y avoir du reposdans l’esclavage, de même qu’il y en a dans la tombe; iln’en est pas dans la liberté.
Cette perspective d’une lutte sans fin dans la vie del’homme libre a effrayé quelques esprits, et les a telle-ment émus qu’ils ont tourné le dos à la liberté. Toutelutte, lorsqu’elle est vive, a ses périls et ses angoisses.La liberté politique est semée d’écueils : la liberté del’industrie, la concurrence, porte avec elle un aiguillonqui se fait quelquefois cruellement sentir. Des écrivainsdont les appréhensions ont dans le public plus d’échoqu’on ne le croit, n’ont pu soutenir le spectacle de cesdangers et de ces peines, et c’est ainsi que, lorsque lasociété avait définitivement franchi le seuil de la libertépolitique et industrielle, on s’est mis à parler de re-brousser chemin. Ceci, Messieurs, n’a rien, qui doivevous surprendre ; le cœur humain est sujet à ces incon-séquences, et l’histoire nous en offre mille exemples. Lepeuple hébreu, lorsqu’il fut dans le désert, se mit à