151
HUITIÈME DISCOURS D'OUVERTURE.
dans les temps difficiles, celui qui sait et veut travaillertrouve le travail qu’il lui faut ou à défaut de travail unsecours momentané pour le cas où sa prévoyance per-sonnelle ne lui aurait pas ménagé quelques ressources.Elle suppose que tout cela est parce que cela doit être,et que, hors de là, la société présente un grand dé-sordre ou une grande oppression; elle ne le supposepas en vain, car pour tout homme impartial il est clairque la société moderne se constitue de plus en plus surces bases acceptées comme un fait par l’économie poli-tique. L’isolement n’est donc pas, qu’on en ait dit, le der-nier mot ou la tendance dominante de la science écono-mique (1); il ne l’est ni à l’égard des individus, ni àl’égard des États. Et ici nous voilà arrivés à l’autre formede la liberté du travail, la liberté des relations commer-ciales entre les peuples.
La pensée qui a dominé jusqu’ici dans la politiqueinternationale de tous les Etats a été celle de l’isolement.On partait de l’hypothèse que les intérêts des divers Etatsétaient incompatibles, et c’étaitlavérité,du moment queles gouvernements cherchaient à se prendre les uns auxautres leur territoire. L’économie politique suivie partous les cabinets reposait de même sur l’isolement.Chaque nation se proposait de produire sur son sol toutce dont elle avait besoin, ou plutôt, comme on ne pouvaitse dissimuler les avantages du commerce, comme il n’yavait eu que le gouvernement égyptien d’il y a quarantesiècles, qui eût cru possible d’interdire le trafic avec lesautres nations, on avait adopté pour programme com-
(1) Les discours qui suivent expliquent plus clairement ce qui cepen-dant est déjà indiqué ici, que, les attributs de l’homme pouvant se rangersous deux têtes de colonne, qui seraient, l’une la personnalité, l’autre lasociabilité, l’économie politique tient un compte égal de ces deux grandesforces, ce qui exclut la tendance à faire prédominer l’isolement.