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Réunion de tous les discours d'ouverture - leçons / par Michel Chevalier
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NEUVIÈME DISCOURS D’OUVERTURE.

bienfaiteur et celui qui reçoit le bienfait. On anéantiraitla liberté du premier, et c’est cette liberté qui eût faitle prix de la bonne œuvre. L’âme du second n’exhaleraitplus le parfum de gratitude qui remontait vers le bien-faiteur, dont c’était toute la récompense.

C’est ma conviction personnelle que les sociétés euro-péennes en général, la société française en particulier,sont en ce moment dans une position critique d’où ellesne sortiront à leur avantage qu’autant que le sentimentchrétien, que vous appellerez indistinctement la fra-ternité ou la charité, y aura acquis un nouvel empire, ets’y sera révélé par des actes nouveaux sur de grandes pro-portions. A nos côtés, tout près de nous, est ouvert ungouffre béant que la haine a creusé, et où nous couronsle risque d’être ensevelis tous pêle-mêle, sans distinctionde classes et de partis; et ce gouffre, je ne vois que lacharité qui puisse le combler. Si elle est mutuelle etréciproque, elle rattachera les liens sociaux qui sontrompus.

Ce n’est pourtant pas une raison pour oublier quel’économie politique est exclusivement une science deraisonnement et d’observation, et que le sentiment nereconnaît point sa loi. Elle suppose que les hommessont animés de désirs honnêtes, elle leur parle commeà des êtres intelligents et moraux, qui aiment à pratiquerla vertu et la justice. Par cela même, elle ne laisse pasque d’encourager indirectement l’homme à se montrerjuste et vertueux. Ainsi, quand Achille est déguisé, àScyros, sous les accoutrements d’une jeune fille, pourréveiller en lui la nature d’un héros, il suffit à Ulysse deplacer sous ses yeux une épée, comme par hasard. Mais,je ne puis trop le répéter, l’économie politique n’a pascharge d’âmes. Ce n’est pas elle qui a reçu spécialementla grande mission d’inspirer aux individus des senti-

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