NEUVIÈME DISCOURS D’OUVERTURE. 183
ral. Dans quelle proportion, à ce propos, les détracteursde Malthus n’ont-ils pas fait de la métaphore à leur tour !Mais la leur dénigrait un homme de bien, et ne rendaitservice à personne. Elle troublait les idées du vulgaire ;elle empêchait d’entendre un avertissement que la raisonet la morale approuvent, à saivoir que les lois et lesmœurs doivent combiner leurs efforts pour que le capi-tal se multiplie dans la société, suivant une progressiontoujours plus rapide que la population, et que, hors delà, il est impossible de prévenir ou d’extirper la misère.
J’espère que vous voyez dès à présent à quel point lesclameurs qu’on a prodiguées contre le capital sont à côtéde la question, et vont même diamétralement à l’encon-tre du but que poursuivent les partisans de l’améliora-tion populaire. Si l’on veut dire qu’il faut que le richesoit humain, généreux, charitable, qu’il doit considérerle pauvre comme son frère devant Dieu, et d’une mainaffectueuse verser, comme le Samaritain, du baume surles plaies de ses semblables, rien de mieux. Il est beau deréitérer les appels aux pratiques chrétiennes, pourvu ce-pendant qu’ils se produisent chrétiennement, et que leriche ne soit pas exclu de la chrétienté. Mais comme cen’est pas l’économie politique qui a mission d’attendrirles âmes, pourquoi trouve-t-on mal qu’elle ne l’entre-prenne.pas? Encore un coup, elle laisse respectueuse-ment à la religion, qui est la souveraine des cœurs, et àla philosophie, qui partage avec la religion le soin d’en-seigner aux hommes les lois de la morale, d’initier lespeuples aux devoirs réciproques d’uné véritable frater-nité. Quanta elle, demeurant à son rang, elle aborde lesujet de l’amélioration populaire par le côté qui lui estassigné, et c’est ainsi qu’elle dit à ceux qui lui font l’hon-neur de l’écouter :
« Tant qu’il y aura peu de capital sur la terre, de quel-