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Réunion de tous les discours d'ouverture - leçons / par Michel Chevalier
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DIXIÈME DISCOURS D’OUVERTURE. 223

s’appuie sur les sentiments les plus doux et les plusnobles de notre nature, ceux en vertu desquels l’hommeaime et se dévoue. La stricte justice n’est ni généreuse,ni tendre; elle est impartiale et honorable, mais froidecomme l’impartialité. Elle ne connaît pas le sacrifice,car le sacrifice est au delà de ce qui est juste. Voici cequi ressort au contraire de l’essence même de la frater-nité : au point de vue scientifique, elle a l’inconvénientd’être vague et de manquer de limites fixes. Je pratiquela fraternité, si je dépense le quart de mon revenu enbonnes œuvres ; je la pratique encore, si je dépense ledixième, et tel autre la pratique plus que moi, qui n’yconsacre cependant que le vingtième. La pauvre veuvequi met son obole dans le casque de Bélisaire, est pluscharitable que le riche qui fait distribuer fastueusementd’abondantes aumônes à sa porte.

La fraternité a encore ce caractère, qui la mettait jus-qu’à présent presque en dehors de l’économie politique,qu’elle ne peut se formuler dans des lois. On peut libel-ler dans des lois lesindications accoutumées de l’économiepolitique, et on le fait très-souvent, parce qu’il appar-tient à la loi de régler tout ce qui est du domaine de lastricte justice. La fraternité, au contraire, est essentiel-lement spontanée ; la contrainte, législative ou non, ladénature ou la tue. La loi peut forcer l’homme à êtrejuste ; elle ne peut lui dire de se précipiter dans le gouffrede Gurtius.

Lors donc qu’on voulut, le lendemain de la révolutionde 1848, instituer la fraternité de par la loi, on voulutl’impraticable. Il serait facile de démontrer, je le crois,que si les plans d’économie sociale proposés alors par despersonnes momentanément investies d’une grande auto-rité, étaient devenus des lois de l’État, les classes pauvres,qu’on espérait soulager, en fussent devenues bien plus