DIXIÈME DISCOURS D’OUVERTURE. 225
minorité d’élite. Les actes qui découlent de la fraterniténe peuvent être ordonnés que comme la religion ou laphilosophie ordonnent, c’est-à-dire en rendant chacunresponsable seulement devant Dieu et sa conscience.
De nos jours, des hommes de bien, habitués à pra-tiquer la charité pour leur compte, et à l’exercer avecintelligence pour le compte d’autrui, ont essayé decoordonner, sous le nom d 'Économie charitable, les in-dications que l’expérience fournit sur les meilleursmoyens de rendre la charité profitable aux classes et auxindividus qui en sont l’objet. Quelques personnes ontpensé qu’il allait naître de là une science rivale de l’é-conomie politique, destinée même, disaient-elles, àsupplanter celle-ci, qu’elles supposaient entachée desécheresse et d’égoïsme. Messieurs, ce n’est qu’une er-reur. L’économie politique ne craint pas la concurrencede l’économie charitable, par beaucoup de raisons, dontla première est que ce n’est pas une concurrence, maisun concours.
Lorsque nous aurons à parler des œuvres et des ten-tatives de l’économie charitable, ce sera pour applaudirsans réserve aux sentiments qui l’animent et pour luisouhaiter les ressources les plus abondantes. L’économiepolitique ne s’est occupée jusqu’ici des rapports quiexistent entre les hommes dans la production et la ré-partition de la richesse, que pour savoir si la liberté yétait respectée, et s’ils étaient conformes à la raison età la justice. Si donc ordinairement elle semble froide,c’est que la raison et la justice ne connaissent ni l’en-thousiasme ni la ferveur, ce qui ne les empêche pas d’êtrefécondes pour la grandeur et la prospérité des Etats et lebien-être des individus.
Mais, il n’y a pas, dans la nature même des choses,d’obstacles qui s’opposent à ce que l’économie politique
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