DIXIÈME DISCOURS D’OUVERTURE. 227
je me propose de vous montrer les rapports qu’a l’éco-nomie politique avec la morale, et comment sa placeserait tout naturellement marquée dans l’enseignementde cette partie de la philosophie qui traite des lois dela morale et de leur application à l’organisation dessociétés.
Au surplus, vous pouvez savoir que l’économie poli-tique est venue au monde comme une branche de lamorale. Oui, Messieurs, l’immortel ouvrage d’AdamSmith, sur la Richesse des nations, n’est rien de plus quele développement des leçons données par cet illustremaître quelques années auparavant, à l’université deGlasgow, où il occupait la chaire de morale ( moral phi-losophy ). Son prédécesseur et son maître, Hutcheson,homme digne d’une renommée plus grande que cellequ’il a parmi nous, avait de même, conformément auxrèglements tracés par la municipalité de Glasgow, con-sacré une partie de son cours aux sujets que traite l’éco-nomie politique. Son Manuel, ou abrégé de ses leçons,se termine par un petit traité intitulé : OEconomices etPolitices Elementa. Je vous renvoie à l'Histoire des doc-trines philosophiques modernes , livre classique dû àM. Cousin, si vous voulez des détails circonstanciés etprécieux sur l’économie politique considérée comme unebranche de la morale, ainsi qu’elle était enseignée ausein de l’université de Glasgow, avant la publication dela Richesse des nations, et qu’elle l’a été postérieurement.Ce point de départ de la science économique a été tropperdu de vue, non-seulement par ses détracteurs, maisaussi par ses disciples. De la part de ceux-ci, l’injusticeest grande; mais ainsi procède l’homme. Dans lesrécits mystiques de l’antiquité, on voit l’initié, à un cer-tain instant, pour administrer la preuve de sa forcemême, méconnaître, repousser et tuer l’initiateur.