ONZIÈME DISCOURS D'OUVERTURE. 231
classes de la population puissent s’affranchir de la misère?Remarquez encore une fois que je dis toutes les classes,mais non pas tous les individus.
Une première condition, c’est l’amour du Lravail.L’homme ici-bas conquiert ses destinées par le travail.Le travail lui a été assigné opiniâtre, soutenu. Le tra-vail est de notre nature. L’homme, a dit le prophète Job,est né pour le travail comme l’oiseau pour voler.
Avec cette vertu, l’amour du travail, l’homme, poursecouer le joug de la misère, doit en avoir une autre. Ildoit être économe, d’où la nécessité de l’épargne quiimplique la sobriété, c’est-à-dire une des formes de l’em-pire de soi. L’épargne n’est pas seulement le moyen deréserver pour les ^mauvais jours, dont il faut toujoursavoir devant soi la perspective, une partie de la substancerécoltée dans les bons. Ce serait déjà beaucoup quecette prévoyance ; mais l’épargne bien entendue a d’au-tres résultats. La sagesse de l’homme n’a pas les mêmesbornes que celle de la fourmi qui ne peut rien de plusque mettre de côté des grains pendant l’été pour s’ennourrir quand la bise fut venue. Le génie qui a été dé-parti à l’espèce humaine possède, à l’égard de l’épargne,une puissance de transformation qui, envisagée de près,paraît tenir du prodige. L’homme, quand il épargne,suscite ce qu’on nomme des capitaux, et ces capitauxlui permettent de se procurer par la voie de l’échange,contre le travail d’autrui ou directement avec son propretravail, tous les appareils perfectionnés par le moyendesquels il domine les forces de la nature et les ploieà son usage pour son propre bien et pour celui de lasociété.
Le sauvage qui, parla chasse, la pêche ou la cueillette,a amassé une certaine quantité de nourriture, et qui, aulieu de s’en gorger, l’ayant prudemment réservée pour