234 COURS D’ÉCONOMIE POLITIQUE.
la liberté est une dignité à laquelle on ne s’élève que
par la vertu.
4 une autre époque peu éloignée de nous, et dontles souvenirs sont grands, ce fut une maxime couranteque l’homme naît libre, en vertu d’un droit naturel,absolu, imprescriptible. Ce n’est pas cela, Messieurs.L’homme est, à sa naissance, le plus dépendant de tousles êtres, celui qui peut le moins se passer de protectionet de direction. Ce qu’il apporte en naissant c’est l’apti-tude à la liberté ; mais la liberté, pour l’avoir, il fautqu’il l’ait méritée.
Pour être libres, pour conserver la liberté quand ilsont pu l’obtenir, il faut que les hommes soient moraux.Et quand je nomme ainsi la moralité toute seule pourcondition de la liberté, ce n’est pas que j’estime que laliberté puisse se passer du concours des lumières. Cen’est pas ici dans ce Collège de France, qui fut fondépour le progrès et la diffusion des lumières, que je puisperdre de vue les droits qu’elles ont, en toute occasion,à être mentionnées avec respect. Mais je maintienscomme un fait que, dans le progrès de l’individu et dela société, l’initiative appartient aux forces morales.Pour peu que vous y réfléchissiez, vous m’accorderezqu’une moralité forte amène rapidement les lumièresaprès elle. Un peuple qui aura profondément dans lecœur le sentiment de ce qui est bon et de ce qui estjuste ne sera pas longtemps dupe de l’erreur, car lepropre de l’erreur est d’engendrer nécessairement l’ini-quité. Je pourrais multiplier les exemples propres àprouver que, s’il est vrai que les lumières exercent uneheureuse réaction sur la moralité des sociétés, il estbien plus vrai encore que le sens moral, lorsqu’il estpuissant, remporte sur l’ignorance et les préjugés desoudaines et admirables victoires.