ONZIÈME DISCOURS D’OUVERTURE. 255
Signalons quelques autres aspects par où l’on découvrela liaison qui existe entre la diminution de la misère etl’avancement moral des sociétés.
Une des causes les plus actives de la misère, c’est lesystème guerrier qui oblige les Etats 4 maintenir, mêmeen temps de paix, des armements immenses. De là desimpôts excessifs qui dévorent la richesse des nations etengloutissent, à mesure qu’ils se forment, ces capitauxdont je vous signalais, il n’y a qu’un instant, l’actionbienfaisante sur le sort du grand nombre. A mesureque les haines nationales s’effaceront, cette source demisère doit s’amoindrir. Or, qu’est-ce que sont leshaines, nationales ou individuelles, sinon des défaillancesmorales ?
C’est un fait d’observation que, avec le même travail,les hommes recueillent plus de fruits quand ils saventse concerter pour la production, et qu’avec une mêmequantité de fruits, je veux dire ici avec le même salaire,ils ont plus de bien-être quand ils savent se concerterpour la consommation. En d’autres termes, l’associationest l’une des plus sûres ressources que les hommes aientcontre le dénûment ; si bien que le degré de sociabilitéauquel les populations sont parvenues peut donner unemesure du degré de bien-être auquel les diverses classeset surtout la classe la plus nombreuse se sont élevées.La sociabilité est un des attributs les plus utiles, lesplus sublimes et les plus vastes dans leurs applicationsqu’offre la nature humaine, j’ai recommandé à votreadmiration, à l’ouverture du cours de l’an passé, labelle définition qu’Aristote a donnée de l’homme, défi-nition par laquelle il place si haut la sociabilité. Lesauvage ne s’associe pas, le barbare s’associe très-peu.A mesure que la civilisation se développe, l’espritd’association grandit, les limites du cercle dans l’étendue