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DOUZIÈME DISCOURS D’OUVERTURE.
d’elle autre chose. La richesse réagit même avantageu-sement sur la morale ; la misère, en effet, pousse l’hommeau mal ; ce ne sont pas les économistes modernes qui ontinventé, pour le besoin de leur cause, que la faim étaitune mauvaise conseillère. C’est le poète antique, en celaapprouvé de siècle en siècle par tous les gens de bonsens, qui lui lança, il y a plus de dix-huit cents ans,cette qualification sévère (malesuada famés).
La proposition générale que le progrès moral et intel-lectuel engendre le progrès industriel peut être retournéeen ce sens que, réciproquement, le progrès industrielet le développement de la richesse, lorsqu’ils se présen-tent avec le caractère de la continuité, peuvent êtredonnés à bon droit comme des preuves de l’avancementmoral. Quoi ! vous écrierez-vous, de ce qu’un peuple fi-lera plus habilement la laine et le coton, en élaborera desmasses toujours croissantes et saura de mieux en mieuxdisposer des couleurs sur les tissus, de ce qu’il coulera,forgera et limera une plus grande quantité de fer et decuivre, et s’en acquittera à un prix toujours réduit, vousvoudriez conclure que ce peuple marche intellectuelle-ment, et que sa moralité est en progrès?
Oui, Messieurs, car l’avancement industriel est une pré-somption du progrès de la science et de la diffusion desconnaissances : l’industrie n’avance que parce qu’onfait de nouvelles découvertes, qu’on sait les appliquer,et que l’intelligence de tous, ouvriers et chefs, se les estappropriées. Mais recherchons le côté moral du sujet quine s’aperçoit pas aussi aisément. L’avancement de l’in-dustrie suppose qu’il se soit formé des capitaux, car tousles' perfectionnements industriels, pour être appliqués,réclament des capitaux considérables : or, commentforme-t-on des capitaux ? par l’épargne, qui elle-mêmesuppose l’empire de soi. Le progrès industriel exige
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