DOUZIÈME DISCOURS D’OUVERTURE. 277
là sont-elles classées par ordre d’avancement intellectuelet moral? En ce moment, c’est de l’Italie centrale etméridionale, de l’Espagne et du Portugal que je veuxparler. Les idées générales et les sentiments générauxde ces peuples sont à l’unisson de leur degré d’avance-ment industriel. Us vivent, je veux dire la masse de lapopulation y vit dans une profonde ignorance. Les pré-jugés que les Français, les Anglais, les Allemands ontsecoués depuis longtemps, leur troublent la vue, leurbornent les idées, rétrécissent ou faussent leurs sympa-thies, et c’est pourquoi depuis quelques siècles jusqu’àce jour, où il faut dire que ces peuples se livrent à desefforts dignes d’encouragement, ils ont fait une si mé-diocre figure dans les arts industriels.
On a prétendu que l’Espagne et le Portugal étaientpauvres et sans industrie, parce qu’ils avaient trouvé desmines cl’or et d’argent en Amérique. C’est une erreurpresque puérile. L’Amérique, au contraire, tendait àdonner une vive impulsion aux manufactures, à l’agri-culture et au commerce de la Péninsule, car elle leuroffrait, parmi la population qui exploitait avec succès lesmines d’or et d’argent, un débouché fort étendu. Unpeuple chez lequel le ressort intellectuel et moral n’eûtpas été brisé fût devenu plus industrieux que jamais parla découverte des mines d’Amérique et la prise de posses-sion des colonies magnifiques dont s’emparèrent les cou-ronnes d’Espagne et de Portugal. Mais à la même époqueoù les mines des métaux précieux livraient leurs trésors,un déplorable système de gouvernement et d’éducationanéantissait la liberté chez les généreux compatriotes deFernand Cortez et de Yasco de Gama, y condamnait l’in-telligence à la torpeur et y comprimait l’élan des grandssentiments. C’est la décadence intellectuelle et moralede l’Espagne et du Portugal, c’est cela seul qui y a su-