DEUXIÈME LEÇON. 327
la patrie, dans leur soumission à la loi, dans leur senti-ment d’abnégation, bien plus que dans leur abstinencematérielle. L’abnégation, le sacrifice, l’effort heureuxsur soi-même, voilà, Messieurs, ce qui fait les héros.
De même, si dans nos sociétés modernes, il y a beau-coup de privations et de souffrances matérielles, quoiqueassurément il y en ait beaucoup moins que par le passé,c’est que la production n’est pas suffisante pour donnerle bien-être à tout le monde. Cette insuffisance elle-même dérive de plusieurs causes, parmi lesquelles il enest qui appartiennent à l’ordre moral; mais l’économiepolitique en voit particulièrement l’origine dans notreimpuissance industrielle, c’est-à-dire dans l’imperfectionsoit des instruments de travail, soit des hommes quiles emploient, dans le défaut de culture de leur espritet dans l’inhabilité de leurs doigts ; soit encore dans l’in-suffisance de nos découvertes, soit enfin dans la pénuriedes capitaux par rapport à ce qu’il en faudrait pourappliquer généralement les inventions utiles. Mais à me-sure que toutes ces causes d’infériorité s’effaceront, àmesure que les instruments perfectionnés déjà connusse multiplieront et que de nouvelles méthodes de plusen plus parfaites seront inventées, à mesure que descapitaux nouveaux seront créés et mis en œuvre avecintelligence, à mesure que l’éducation redressera la mal-adresse et l’ignorance, on verra les souffrances matériellesdisparaître graduellement et dans la même proportion.Ce n’est pas à dire pour cela que jamais la terre devienneun paradis terrestre, et qu’un jour doive jamais luire oùl’on n’y versera plus de larmes. Il coulera des larmessur la terre tant qu’il y aura des hommes; mais dansl’avenir la misère matérielle en fera couler beaucoupmoins.
Il y a une grande différence entre les sociétés de l’an-