TROISIÈME LEÇON. 335
teindre, et auxquelles, il faut l’espérer, nous le ver-rons un jour parvenir. Je vous ai déjà signalé le fardeauénorme qu’impose aux peuples de l’Europe l’attitudeguerrière qu’ils ont systématiquement adoptée les unsvis-à-vis des autres, et je vous ai fait remarquer combiende millions il leur en coûte tous les ans pour tenir surpied de grandes armées dans l’unique dessein de s’in-timider, car personne n’a envie de faire la guerre. Untemps viendra où, grâces aux progrès de la raison pu-blique, une partie des sommes englouties dans ce gouffrepourra être appliquée à des usages plus productifs etplus humains, et qui peut dire le développement queprendront alors la richesse et la prospérité des empires ?
Mais si l'accroissement de la richesse productive estsubordonné à ce que des économies aient été préalable-ment réalisées sur le travail des années antérieures, ilressort de cette vérité plusieurs conséquences qu’il n’estpas inutile de mettre en lumière.
La première, c’est que cet accroissement doit êtresuccessif etmême lent, et qu’ainsi nous devons, tous tantque nous sommes, patiemment attendre.
Il en résulte ensuite ce grand enseignement, que lespectacle offert par les sociétés qui perfectionnent leursinstruments de travail n’est autre que celui de généra-tions se léguant de l’une à l’autre leurs économies pourl’amélioration successive de leur condition : ce sont lespères s’imposant des privations au profit de leurs en-fants ; ce sont les hommes du siècle qui s’écoule sacri-fiant une partie deleurs plaisirs ou de leur bien-être, pouradoucir l’existence de ceux qui les suivront sur le che-min de la vie.
Ainsi, le progrès du genre humain, même en ce quiconcerne le bien-êtrele plus matériel, se rattache à ce qu’ily a de plus élevé et de plus doux dans la destinée hu-