DIXIÈME LEÇON. 463
quelque lieu qu’ils habitent. Déjà, en tournant à profitla force des vents, l’homme a pu arriver à ce beau résul-tat que des denrées d’une conservation facile, comme lecoton, le sucre, le blé, puissent se transmettre à très-basprix d’un continent à l’autre, au travers des océans lesplus redoutés autrefois. Cet avantage sera étendu à des# objets plus périssables, et les isthmes, les montagnes etl’épaisseur des continents n’arrêteront plus le com-merce. Au lieu d’être à l’usage exclusif des ports d’arri-vage et de leur banlieue, les marchandises délicates pour-ront pénétrer, à peu de frais et en masse, dans le massifdes terres. En ce moment les ports anglais reçoivent, parles paquebots à vapeur, des ananas des Antilles, et leschemins de fer distribuent aussitôt ces fruits délicieuxdans le pays tout entier à un prix qui est relativementvil. Ce fait, exceptionnel encore, deviendra usuel. Cheznous, par la malle-poste, on transportait du raisin deMontauban à Paris ; ce ne seront plus quelques paniersqu’on voiturera ainsi, à grand renfort de précautions,pour l’usage d’un tout petit nombre de riches; ce serontdes récoltes en masse qui, de la Provence ou du bas Lan-guedoc, ou du Roussillon, viendront s’étaler sur les mar-chés de Paris. Des montagnes de fruits et de légumes,primeurs pour le Parisien et l’homme du Nord, franchi-ront le même intervalle. Mais que p'arlé-je de la Provenceet du Roussillon? Ce sera l’Algérie, ce sera l’Andalousie,l’Égypte même, qui quelque jour approvisionneront deprimeurs les tables des Parisiens, celles des Relges, desHollandais, des Anglais, que sais-je? celles des Berlinoiset des Moscovites.
Le chemin de fer, ou, pour parler plus généralement,la machine à feu, dont il est la plus belle application, est,dans l’économie intérieure des sociétés et dans celle dumonde, l’agent efficace de la révolution vers laquelle la