464 COURS D’ÉCONOMIE POLITIQUE.
pente de l’histoire, ou, pour mieux parler, l’irrésistiblegénie qu’a rais en nous la Providence, nous mène depuisl’origine des temps. Premièrement, dans l’intérieur dechaque État, la condition des hommes tend à s’égaliser,quoiqu’il doive toujours rester des différences considé-rables entre eux. Secondement, entre les États et lesraces les dissentiments s’effacent, les hostilités s’apai-sent, les intérêts s’harmonisent. Ce double mouvementest l’effet d’une cause unique, la puissance qu’acquiertjournellement le sentiment de la fraternité parmi leshommes, et puis il réagit sur cette fraternité pour larenforcer. Or, ici, comment se présente le chemin de fer?
Autrefois, quand un seigneur voyageait, il était avecsa suite à cheval, en grand appareil de force. L’artisanqui se déplaçait cheminait à pied au milieu des fondriè-res ou par les sentiers escarpés, tout seul, quand iln’avait pu trouver quelques-uns de ses pareils quieussent par hasard la même route à faire. Plus tard,le même seigneur, et l’homme opulent du tiers état quis’était à beaucoup d’égards assimilé à lui, allaient enposte. Le paysan ou le compagnon continuait d’aller àpied, tout au plus il s’élevait à la patache. Aujour-d’hui, tous vont sur le chemin de fer par le même convoi,dans des voitures qui se tiennent. Le petit bourgeois estsouvent dans le même compartiment que le duc et pair,là où il existe encore des ducs et pairs. Personne n’é-clabousse son voisin. Tout le monde obéit docilement auconducteur du convoi. Là aussi le droit commun s’estsubstitué au privilège.
Quant à l’action que le chemin de fer exercera en fa-veur de la sympathie réciproque des nations, de la fusiondes races, j’en ai déjà dit rapidement quelque chose. Lespeuples ne se sont tant haïs que parce qu’ils ne se con-naissaient pas. Leur donner la faculté de se voir, c’est