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La monnaie / par Michel Chevalier
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LA MONNAIE. SECTION I, CHAPITRE IV. 15

dans le même champ, d’une année à l’autre, il varie dequalité. Il varie davantage selon les lieux. La touselle deProvence et la riclielle de Naples valent plus que le blé d 0-dessa, qui peut être offert concurremment sur le mêmemarché, à Gênes ou à Marseille ; les blés de Dantzig sur-passent ceux de l’Amérique qu’ils peuvent rencontrer àMarik-Lane (1) ou à la Ilalle-au-blé de Paris, et les blés del’Égypte, autrefois le grenier des Romains, ne valent guèreaujourd’hui, sur les marchés, que la moitié des blés de cer-taines contrées du littoral septentrional delaMéditerranée,tels que ceux de Naples ou de Provence que je viens denommer.

En un mot, le blé serait une commune mesure trop in-commode, un équivalent trop incertain, en d’autres ter-mesunemauvaise monnaie. Beaucoup d’autres objets, con-sidérés sous le rapport de leur aptitude à remplir ce rôle,soulèveraient les mêmes objections; ils pourraient mêmeoffrir des difficultés nouvelles. Le blé, par exemple, est di-visible indéfiniment et sur-le-champ : la division d’unhectolitre peut être poussée jusqu’à un grain de blé, etavec des grains de blé pris un à un je puis recomposerl’hectolitre; au contraire, je ne puis, surle marché, couperun bœuf en deux et, en tout cas, avec deux moitiés je nereferais pas un bœuf.

A la suite de cette courte analyse, il est facile d’indiquerles qualités essentielles dont une marchandise doit êtredouée pour remplir parfaitement le rôle de monnaie. Ilfaut qu’elle soit :

1° Par elle-même une marchandise, c’est-à-dire unechose en rapport avec un certain nombre de nos besoinset recherchée par les hommes à ce titre ;

2° A valeur égale, plus facile à déplacer que la plupart

(1) Marché au blé de Londres.