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La monnaie / par Michel Chevalier
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LA MONNAIE. SECTION II, CHAPITRE 1. -ïb

Une grande partie des exactions qui furent commisesen Europe, pendant le moyen âge et dans les siècles quisuivirent, s’effectuèrent par le moyen de ce qu’on nommele seigneuriage; c’était un droit de prélèvement ques’attribuait le souverain ou le seigneur sur les matièresd’or ou d’argent qu’on apportait à son hôtel-des-mon-naies. Ce n’était point le remboursement des frais que lemonnayage occasionnait, carie souverain ou le seigneurrentrait dans ses frais par le moyen d’un prélèvementdistinct; le seigneuriage était simplement un droit duseigneur, ce qui, par rapport à cette époque, est à peuprès synonyme de droit du plus fort. Le seigneuriaged’ailleurs se signalait par cette circonstance qu’il sepercevait patemment, ce qui ne l’excuse pas toutes lesfois qu’il dépassait un taux très-modique; mais enfinc’est un avantage qu’il présentait sur les falsificationsclandestines auxquelles les souverains furent fort enclins.

Le seigneuriage ne se justifiait point par la tradition;il paraît en effet qu’à Rome on ne percevait aucune taxeà l’occasion du monnayage. L’Étal rendait aux particuliersqui apportaient des métaux à la monnaie, un poids de finégal à celui qu’ils avaient livré (1).

Le seigneuriage fut d’usage universel dans le moyenâge et dans les siècles qui suivirent ; le roi saint Louis,justement renommé pour son rigoureux esprit de justice,prélevait lui-même un seigneuriage qu’aujourd’hui ontrouverait fort abusif. De son temps, ou recevait, àl’bôtel des monnaies, l’argent des particuliers sur le piedde 54 sous 7 deniers le marc de fin, et on en faisait

qu’on avait vu jusqu’alors. Les dieux n’en recevaient pas davantage. Ilfallait donc que le service qu’il avait rendu répondit à un besoin bienurgent, c’est-à-dire que Rome fût infestée de fausse monnaie (voir unenotice sur une statue présumée de Gratidianus, par M. de Clai ac, 1821).

(1) Lord Liverpo >1, A Tr'eatise on lhe Coins x etc.