LA MONNAIE. SECTION II, CHAPITRE IV. 67
dépréciés des trois quarts, et que l’État les émit sur lepied de la dépréciation même, l’imposture fut flagrante.
Un peuple dont le moral jest solide supportera, sansinconvénient, une plus grande extension du crédit qu’unautre dont le caractère aura médiocrement de fermetéet d’équilibre ; car, chez le premier, la confiance nes’ébranlera pas légèrement; chez le second, il pourrasuffire d’un accident pour troubler les esprits. Dans lestemps difficiles, chez celui-ci, on tombera facilementdans la panique ; chez celui-là, on serrera les rangs,et, en se soutenant mutuellement, on traversera le dé-filé. Dans un sauve-qui-peut, tout système fondé sur lecrédit doit s’écrouler, car le sauve-qui-peut est la néga-tion même du crédit. Chacun alors court après lesmétaux précieux ; et, comme il n’v en a pas, à beau-coup près, pour tout le monde, comme il y en a d’au-tant moins qu’il était fait plus d’usage du crédit, ils ensuit une catastrophe d’autant plus funeste qu’on avaitplus élevé l’échafaudage.
On reconnaît par là, ce qu’il était naturel de pressen-tir, que le degré où peut être porté l’usage des mécanis-mes d’une organisation commerciale avancée est subor-donné , chez chaque peuple, à la solidité morale desindividus. Les hommes auxquels est confié l’État doivent,dans leur sagesse, proportionner le développement deces mécanismes perfectionnés à la solidité morale despopulations. Pareillement l’histoire a un moyen de jugerde la force morale comparée des nations, à un instantdonné, par l’extension respective que les diverses institu-tions de crédit auront reçue et comportée chez chacuned’elles. On voit ici une des applications de cette véritépermanente et générale que, en fait de grandeur, le prin-cipal, ce qui élève et soutient tout le reste, c’est le moral.