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La monnaie / par Michel Chevalier
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LA MONNAIE. SECTION V, CHAPITRE II. 139

place dans le système monétaire, et quel rôle il y rem-plissait ; il semblait qu’ils y fussent de pair, et aussi bienl’étalon l’un que l’autre. On a cependant de bonnes rai-sons pour dire qu’il resta, dans les esprits intelligentset dans l’ensemble des actes des gouvernements, unetrace plus où moins tangible du rôle supérieur de l’ar-gent, et c’est un sujet sur lequel nous nous expliqueronsun peu plus loin. Mais, lorsqu’on eut secoué l’ignorancedu moyen âge, les idées se rectifièrent dansle monde intel-ligent, et les opinions saines, qui étaient comme enfouies,se mirent à retleurir. Des philosophes proclamèrent enfinque, comme il est impossible de fixer, entre les deux mé-tauxprécieux, un rapport qui puisse durer, il s’ensuitqu’ilfaut que chaque peuple, des deux en adopte un, pour entaire l’étalon des valeurs. C’est en Angleterre que cetteopinion s'est fait jour le plus tôt et avec le plus de-force.Dès le dix-septième siècle, elle fut émise par sir WilliamPetty. Locke la reprit et la développa, quelques annéesplus tard, non pas incidemment dans quelqu’une de sescompositions philosophiques, mais bien dans un des écritsspéciaux qu’il publia à l’occasion des difficultés que ren-contrait le gouvernement britannique dans son systèmemonétaire.

« La monnaie est la mesure uniforme de la valeur des« choses, avait dit sir William Petty (1). Le rapport de la« valeur de l’or à celle de l’argent se modifie selon que les« entrailles de la terre offrent ù l’industrie humaine plus<> de l’un ou de l’autre ; par conséquent, on n’en peut« prendre qu’un pour faire de la monnaie. » Locke futplus explicite. « Deux métaux tels que l’or et l’argent,« dit-il, ne peuvent servir au même moment, dans le« même pays, de mesure dans les échanges, parce qu’il

0) Politisai anatomy oflreland, chapitre x ; ouvrage publié en 1691parmi ses œuvres posthumes.