LA MONNAIE. SECTION VI, CHAPITRE I. 163
pour servir de monnaie. 'Mais il reste à savoir jusqu’àquel point cet argument est de force à faire définitive-ment pencher la balance en faveur de l’or. J’avoue que jene lui supposerais pas un poids suffisant.
L’essentiel est de comparer les deux métaux sous lerap-portdela fixité de la valeur.
Un savant économiste, qui a traité avec supériorité laquestion de la monnaie, M. Senior, est d’opinion que lesfluctuations passagères qu’occasionnent les incidents di-vers de la politique ou les dérangements du commerce,affectent l’or plus que l’argent. Dans ces cas-là, en effet,l’or beaucoup plus mobile répond plus instantanément àl’appel qu’on lui adresse d’un autreÉtatou d’unautremar-ché. Ainsi une guerre qui fait rechercher l’or, une criseen Angleterre qui décidera l’or à s’y rendre du conti-nent, semblent devoir aussitôt causer un enchérissementde ce métal, dans les pays où on le prendra ; de mêmeune révolution qui effrayera les riches, et déterminerabeaucoup de personnes à se procurer les moyens de fuir,ou à cacher tout ce qu’elles pourront de leur avoir sousle moindre volume p'ossible. Mais aussi, grâce à cette mo-bilité même, il semble que le niveau doive se rétablir plusfacilement pour l’or que pour l’argent.
Dans l’intérêt de l’argent, on peut remarquer que laquantité de ce métal qui existe éparse sur le marché géné-ral du monde, a acquis les plus grandes proportions parrapport à l’or depuis la découverte de l’Amérique. Cet ar-gument a son prix dans la question qui nous occupe. Ce-pendant il faut ajouter que, depuis unequinzaine d’années,le production de l’or s’est développée si bien que la ba-lance tend à se rétablir.
L’expérience qui, en cette sorte d’affaire, est un maîtreflu on ne saurait trop consulter, fournit ici des indicationsqu on n’aurait pu prévoir. C’est ainsi que l’administration