LA MONNAIE. SECTION XVI, CHAPITRE III. 699
concerne ses billets et la certitude de leur rembourse-ment en espèces, elle a une obligation absolue, celle dese tenir en mesure, par les proportions et la disponibilitéde son capital, de présenter constamment une masse denuméraire qui corresponde convenablement à la massede ses billets en circulation.
Une fois posée la règle que la Banque devait à tout prixdéfendre son encaisse , on en a tiré la conséquence qu’elleétait tenue de suivre dans le taux de son escompte, à peu dechose près, les variations de la Banque d’Angleterre, parceque, disait-on, si laBanque d’Angleterre élèveletauxde sonescompte, sans que la Banque de France en fasse autant,les commerçants anglais s’arrangeront pour faire escomp-ter leurs effets à Paris, et il n’en faudra pas davantagepour qu’il s’opère un funeste drainage (c’est le mot con-sacré), qui ferait dériver sur le marché anglais les appro-visionnements d’or ou d’argent que pourrait s’être assurésla Banque de France. Sous l’empire de ces idées, on a vu,au mois d’octobre 1865, la Banque de France hausser letaux de son escompte, alors qu’elle avait un approvision-nement sans exemple de métaux précieux, par l’uniqueraison que la Banque d’Angleterre avait élevé le sien. LaBanque de France avait évidemment de ces métaux audelà de ce qu’il lui en fallait; son bilan, consigné auMoniteur , en était la preuve; et pourtant, du moment quela Banque d’Angleterre, contrainte par la rigueur de sonmécanisme, eut fait la manœuvre que nous venons dedire, elle fut tourmentée de la crainte d’en manquer.
M. Émile Péreire, dans l’enquête qui se fait sur la Ban-que de France, a démontré le malfoudé de ces appréhen-sions, delà manière la plus victorieuse. 11 a fait voir qu’ensupposant que la sortie des métaux précieux fût un mal-heur, ce n’était aucunement un danger que la Banque deFrance eût à redouter, dans les circonstances où l’on se