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Mémoires pour servir à l'histoire de France en dix-huit cent quinze : avec le plan de la bataille de Mont-Saint-Jean / [Napoléon I.]
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Ôœil qui nous frappa . en entrant dans Pinterieur de cette casenié jtransformée en un ve'ritaLlc repaire de brigands : lair farouche , lacontenance inorne , et frémissant de rage , comme au moment de saisirleur proie, telle nous trouvâmes cette soldatesque inutiue'e, rangée sousles armes. Avec une âme, une énergie sans égale, Madame leur adressale discours le plus fait pour émouvoir les cœurs les plus endurcis. Danstout autre temps, ils en auraient été attendris. Mais à quel éxcès dé-garement ne les avait-on pas poussés , puisquils semblaient redoublerde rage , en écoutant un langage si noble et si touchant : plus lémo-tion de Madame augmentait, et plus elle redoublait déloquence; deslarmes inondaient son visage. « Ehl quoi, leur dit-elle, cst-ce bien« à ce meme régiment dAngouleme que je parle ! Avez-vous pu si« promptement oublier les grâces dont vous avez été comblés par le« diic dAngouléme ?.... Ne le regardez-vous donc plus comme votre« chef, lui que vous appeliez votre prince î Et moi , dans les mains« de qui vous avez renouvelé votre serment de fidélité..., moi que vous« nommiez votre princesse.... Ne me reconnaissez-vous plus lO Dieu,

<s ajouta-t-elle avec laccent de la plus vive douleur_ Après vingt ans

« de malheur , il est bien cruel de sexpatrier encore ! Je nai cessé« de faire des vœux pour le bonheur de ma patrie ; car suis Fran-

« çaise moi., et vous nêtes plus Français. Allez, retirez-vous.»

Pourra-t-on jamais croire que dans cet instant il se soit trouvé un être

assez vil pour oser dire avec ironie.: Je ne réponds rien, parce je sais

respecter le malheur. Au seul souvenir de tant dinsolence, tout monsang bouillonne encore ; jamais je néprouvai un tel mouvement din-dignation. Madame donna le signal du départ. Un roulement tam-bour se fit entendre , et nous repassâmes sous les batteries de ce tristefort, le cœur encore plus déchiré que lorsqùe nous y étions entrés.

Pour adoucir lamertume de ce pénible calice, il semblait que Ma-dame eut réservé pour la fin de sa course la revue quelle se propoSait de faire de cette fidèle garde nationale , qui était en bataille surle superbe quai qui longe les bords de la Garonne. Une scène biendifférente de celle dont elle venait dêtre témoin lattendait, Lors-