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Ô’œil qui nous frappa . en entrant dans Pinte’rieur de cette casenié jtransformée en un ve'ritaLlc repaire de brigands : l’air farouche , lacontenance inorne , et frémissant de rage , comme au moment de saisirleur proie, telle nous trouvâmes cette soldatesque inutiue'e, rangée sousles armes. Avec une âme, une énergie sans égale, Madame leur adressale discours le plus fait pour émouvoir les cœurs les plus endurcis. Danstout autre temps, ils en auraient été attendris. Mais à quel éxcès d’é-garement ne les avait-on pas poussés , puisqu’ils semblaient redoublerde rage , en écoutant un langage si noble et si touchant : plus l’émo-tion de Madame augmentait, et plus elle redoublait d’éloquence; deslarmes inondaient son visage. « Ehl quoi, leur dit-elle, cst-ce bien« à ce meme régiment d’Angouleme que je parle ! Avez-vous pu si« promptement oublier les grâces dont vous avez été comblés par le« diic d’Angouléme ?.... Ne le regardez-vous donc plus comme votre« chef, lui que vous appeliez votre prince î Et moi , dans les mains« de qui vous avez renouvelé votre serment de fidélité..., moi que vous« nommiez votre princesse.... Ne me reconnaissez-vous plus l —O Dieu,
<s ajouta-t-elle avec l’accent de la plus vive douleur_ Après vingt ans
« de malheur , il est bien cruel de s’expatrier encore ! Je n’ai cessé« de faire des vœux pour le bonheur de ma patrie ; car jè suis Fran-
« çaise moi., et vous n’êtes plus Français. Allez, retirez-vous.»—
Pourra-t-on jamais croire que dans cet instant il se soit trouvé un être
assez vil pour oser dire avec ironie.: Je ne réponds rien, parce je sais
respecter le malheur. Au seul souvenir de tant d’insolence, tout monsang bouillonne encore ; jamais je n’éprouvai un tel mouvement d’in-dignation. Madame donna le signal du départ. Un roulement dé tam-bour se fit entendre , et nous repassâmes sous les batteries de ce tristefort, le cœur encore plus déchiré que lorsqùe nous y étions entrés.
Pour adoucir l’amertume de ce pénible calice, il semblait que Ma-dame eut réservé pour la fin de sa course la revue qu’elle se propo—Sait de faire de cette fidèle garde nationale , qui était en bataille surle superbe quai qui longe les bords de la Garonne. Une scène biendifférente de celle dont elle venait d’être témoin l’attendait là, Lors-