IUPPOUT DE M. JA Y.
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» locaustes des traditions sociales. On est entré dans ce sanctuaire et» on l’a profané. La critique a toujours beau jeu quand elle s’exerce» sur les infirmités humaines. Il n'était pas difficile de faire ressortir» le ridicule des unions mal assorties, et de s’armer contre le mariage» des scandales qu’il voit naître. On l’a fait en chargeant les couleurs» du tableau. On a tenu à prouver que les forces d’ici-bas ne sont pas» toujours en raison des devoirs, et que la nature se charge de rétablir» l’équilibre entre la liberté et la contrainte. Ces scrupules sont justes,n mais la conclusion infirme leur valeur. Pour obvier à quelques liai—» sons irrégulières, quel expédient proposait-on ? La promiscuité, l’é-» galité complète des sexes, l’émancipation de la femme. C’est-à-dire» qu’au dérèglement partiel, on voulait substituer un débordement» général. L’émancipation de la femme ! Mais n’est-ce pas là une in-» suite pour nos lois, qui ne font point d’acception de sexes, et pour» nos mœurs qui sont plus généreuses encore I En France surtout, les» femmes se sont fait une place trop belle pour qu’elles puissent jamais» crier à l’oppression, et se poser en victimes ; aussi ont-elles désavoué» leurs défenseurs, et laissé mourir sans écho les appels à la révolte-» Elles régnent dans le cercle de la famille et des relations sociales;» cet empire suffit à leur tendresse et à leur orgueil.
» Puisque la satisfaction devenait la loi suprême des sociétés, il était» logique qu’elle ne connût aucune limite. Respecter la propriété» d’autrui est une compression, une violence; il fallait abolir la pro-» priété. Respecter la femme d’autrui est une privation ; il fallait abo» lirle mariage. Respecter les droits de la famille est une capitulatiot» avec les droits de tous à toute chose ; il fallait abolir l'héritage. Ainsi,a par un singulier raffinement de civilisation, on en revenait à l’état» de nature. La communauté et la promiscuité ne sont pas un régime» nouveau pour le globe. 11 l’a connu pendant son enfance, il l’a subi.« Aussi, pour tempérer ses effets, avait-on songé, d’une part, à orga-» niser harmoniquement les instincts; de l’autre, à les contenir par» l’avénement des capacités, ce qui n’est autre chose qu’un retour vers» la compression et la discipline. Mais où est la garantie de l’obéis-» sance des générations à un principe nouveau quand on les aura éle-» vécs dans la haine de tous les principes ?
« Dès que la satisfaction aura été proclamée souveraine, qui assure» qu’elle s’inclinera devant un équilibre ingénieux des passions, ou« devant une loi de hiérarchie intellectuelle ? On ne craint pas de dé-» chaîner sur le monde tous les fléaux, sans avoir la conscience quen l’on pourra les guérir. Ce sont là de tristes et douloureuses expé-» riences : notre société en porte les empreintes. La soif de jouissance» la dévore, et l’inanité de ces jouissances, la satiété même ne l'ar-