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justice, tantôt avec partialité, d’autres fois plus mal encore.Tel est l’écucil éternel d’un régime préventif : il ne supprimeun abus, quand il le supprime, que pour en créer d’autresbien plus énormes. Il est vrai que les écoles socialistes rem-placent cette intervention du pouvoir dans la sphère des in-térêts par divers mécanismes qui ont pour objet d’organiserle travail et de régler scientifiquement la richesse. Ceci rentredans le domaine de l’utopie pure et se rattache par consé-quent à une croyance particulière. Comme terme d’une dis-cussion sérieuse, il ne reste, d’un côté, que la tutelle de l’Etatavec l’arbitraire qui en découle; de l’autre, l’exercice de laliberté avec le châtiment en perspective pour ceux qui enabusent. C’est entre ccs deux régimes qu’il faut opter.
Quant à moi, mon choix est fait, et rien de ce que je vois,de ce que j’entends n’est de nature à faire fléchir mes con-victions. J’ai foi dans les vertus de la liberté; je la eroismoinsfuneste qu’on ne la dépeint et plus féconde qu’on ne le pré-sume. Je vois en elle un principe excellent; quelques dévia-tions ne me le feront pas condamner à la légère. II n’est pasde titre qui honore plus l’homme et lui crée plus de devoirs.Si on les méconnaît aujourd’hui, avec le temps ils reprendrontleur empire. La liberté ne nous donnera, il est vrai, ni unâge d’or ni un régime entièrement affranchi de souffrances,mais il est permis aussi de douter que celte ère de bonheurse trouve au bout d’une dictature économique ou de spécula-tions imaginaires.
Juin 1814.