32
AVAKT-PtlOPOS
qu’il y a beaucoup à faire clans un sens opposé , on éterniseles malentendus , on s’agite dans le vide , on sc condamne àl’impuissance.Il est aujourd’hui question, par exemple, d’im-poser la probité commerciale et industrielle à l’aide de règle-ments et d’aligner tout un code pour assurer la sincérité desproduits. C’est une rude entreprise, et les hommes sensésdoivent se borner à faire des vœux pour que les législaturess'en tirent à leur honneur. Il faut connaître bien peu l’indus-trie et le commerce pour ignorer que les entraves de ce genren’ont qu’un seul effet, celui de nuire aux honnêtes gens;quant aux fripons, le réseau des règlements n’a pas desmailles si serrées qu’ils ne puissent le rompre ou passer autravers. On l’a dit souvent, les lois ne font pas les mœurs, etc’était le cas de se souvenir de cette maxime.On devait aussicompter, plus qu’on ne l’a fait , sur la surveillance naturellequi résulte du jeu des intérêts, sur le besoin qu’éprouve touthomme, ne fût-ce que par amour-propre, de ne pas être éter-nellement dupe. D’ailleurs, puisqu’il s’agit de tutelle et demesures préventives, pourquoi procéder par catégorie et faireune justice de détail? Défendre les individus contre la mau-vaise foi des industriels et des commerçants ne suffit pas ; ilfaut que désormais aucune classe de la société ne puisse abu-ser du public; il faut que le médecin ne trompe plus le ma-lade , que l’avocat, l’avoué et l’huissier n’exploitent plus leplaideur, que le notaire soit empêché de détourner les fondsde son client; il faut armer l’État de pouvoirs discrétionnairescontre tout le monde, même contre les publicistes. Il y a desabus partout, et c’est se montrer inconséquent que de vouloirprévenir les uns en sc contentant de réprimer les autres.
Vainement dira-t-on qu’il est possible de pourvoir à toutcela sans entrer dans le domaine de l’arbitraire. Les mesuresqui vont contre le jeu libre des intérêts sont nécessairementarbitraires; arbitraires en principe, arbitraires surtout dansl’application. Investi du droit d’empêchement et de surveil- jlance, l’État le délègue à des agents qui l’exercent tantôt avec i