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ÉTUDES SUR LES RÉFORMATEURS.
souvent reproduite, est au contraire plus spécieuse que fon-dée. Sans doute les problèmes que poursuit la pensée hu-maine sont peu variables, mais leur formule se modifie pro-fondément de siècle en siècle, et emprunte beaucoup aumilieu dans lequel ils s’agitent. Ainsi l’analogie est réellequant à l’objet, nulle quant au résultat.
Il existe pour ce phénomène une solution bien plus vraie,bien plus consolante, et la voici. La tendance de l’hommeà se préoccuper toujours des mêmes recherches est une in-spiration plus forte, plus puissante que lui : il la puisedans sa nature, elle vient d'en haut. Dieu a déposé au seindes cœurs ces mobiles éternels qui font que chaque géné-ration reprend sa toile de Pénélope, et travaille à nouveausur le même canevas. Quand l’esprit s’engourdit dans satâche et n’ajoute plus rien à l’œuvre des siècles, il s’élèvedes hommes qui proclament la révolte contre les idées re-çues et provoquent des tempêtes dans les sphères de l’intel-ligence. De là ce mouvement non interrompu, manifestedans ses haltes même, merveilleux dans scs élans. Ce mou-vement peut sommeiller sur un point, mais alors il se ré-vèle sur d’autres, ne laissant rien de stérile dans le domainede la pensée, embrassant tous les besoins de l’âme, tousles besoins du corps, fécondant la vie, dominant le monde.A ce point de vue, la condition de l’humanité n’est pas depivoter irrésistiblement sur elle-même, de s’agiter sans es-poir et sans succès autour d’un cercle fatal ; elle est plutôtdans l’ascension de cette échelle mystérieuse, dont chaquedegré rapproche l’homme du ciel.
Les initiatives des esprits qui rompent avec les opinionsrégnantes ne sont pas les moins vigoureux instruments deces transformations successives. Quand même il n’en résul-terait qu’un peu de défiance du présent, et le désir de s’en