CO.\CLLS10>i GÉ.NÉK/UES.
219
leurs pensées. Ce dévouement est d'autant plus sincère,qu’ils n’est pas compris et qu’il doit rester sans récompense.On ne feint de pareils sentiments que lorsqu’on en est enmesure de les exploiter.
Dans les moindres détails de ces idéologies se révèle cetteaffection profonde pour ceux qui souffrent. Comme échelledes contentements qu’il promet, Charles Fourier prend tou-jours les besoins de la masse. En vivres, en vêtements, ensatisfactions de toute nature, le simple travailleur aura,dans son monde, le sort d’un roi dans le nôtre, ltien ne seraassez bon, assez parfait, assez magnifique pour lui. Au lieude glorifier l’abstinence et de conseiller la privation, Fourierlaisse entrevoir au contraire un développement nouveaudans les facultés physiques de l’homme, afin de les mettreen rapport avec le raffinement et l’abondance des produc-tions futures. Il va jusqu’à dresser le menu des repas popu-laires cl il y procède avec une prodigalité merveilleuse. Lavie, la table, l’éducation, tout est, chez lui, à peu prèscommun ; mais pour emporter les choses de haute lutte, ilélève sur-le-champ le bien-être le plus vulgaire au niveaude nos jouissances les plus exquises *. Ainsi, personne n’yperd et chacun y gagne. Saint-Simon est plus grand sei-gneur; il veut le gouvernement religieux des intelligences,mais il déclare que sa théocratie s’occupera avant tout dusort de la classe la plus nombreuse et la plus pauvre 4 .
' Cette sollicitude de Fourier a fait dire qu’il avait organisé la cui-sine de l’avenir. Le mot est exclusif; mais il a du vrai.
2 La hiérarchie saint-simonienne n’est qu’une interprétation très-libre, peut-être même une déviation des idées de Saint-Simon. Lesentiment des besoins de la classe pauvre était bien plus développé,bien plus direct, bien plus actif chez le philosophe qu’au sein de sonécole. Il faut surtout se garder de le croire complice de l’appareil théâ-tral et puéril que l’on a pu donner à sa doctrine.