260 ÉTUDES SUR LES RÉFORMATEURS.
leur; car toute déperdition est supportée, en dernière analyse.par lecorps social.
» La prodigalité d'agents cause l’agiotage et la banqueroute. Ou ena tu la preuve frappante dans les luttes des messageries qui. pour senuire l’une à l'autre, auraint volontiers transporté gratis les voya-geurs. En les voyant baisser leurs prix pour s’écraser mutuellement,on se disait : Bientôt il nous payerons une prime pour nous roitureren poste. Il importe de s'appesantir sur ces détails pour prouver queles économistes se sont lourdement trompés en croyant que l'intérêtétait le seul mobile du négociant. On a vu diverses fois des marchandsassurés de se sauver en cas de revers par une banqueroute, tout ha-sarder pour perdre un rival et jouir du malheur d'un voisin : sembla-ble à ces Japonais qui se crèvent un œil à la porte de leur ennemi pourlui en faire crever deux par la justice.
» Les anciennes maisons de commerce, déconcertées par ces guerresd’extermination, renoncent de toutes parts à une profession devenuedangereuse etavilie par les intrigues des nouveaux venus qui,souvent,vendent à perte pour avoir la vogue. Les anciens qui n’ont pas vouluse perdre se trouvent abandonnés, dépourvus de consommateurs ethors d’état de satisfaire à leurs engagements. Bientôt les deux partistombent dans l’épuisement et sont obligés de recourir à l’agioteurdont les secours usuriers augmentent leurs embarras, leur insolvabi-lité, et précipitent la chute des uns et des autres.
» C’est ainsi que la libre, concurrence, en provoquant les banque-routes, fournit un aliment habituel à l’agiotage et lui donne l’accrois-sement colossal auquel il est parvenu. Il s’établit des agioteurs jusquedans les bourgades. Partout on rencontre des hommes qui. sous lenom de banquiers, n’ont d’autre métier que de prêter à usure et d'at-tiser les guerres de concurrence. Ils soutiennent par des avances unefoule de brocanteurs superflus qui se jettent à l’envi dans les spécula-tions les plus ridicules et qui viennent, après leurs échecs, demanderdu secours et se faire rançonner par les banquiers. Ceux-ci, placésdans l’arène mercantile pour attiser le choc, ressemblent à ces hordesarabes qui voltigent autour des armées et qui jubilent en attendant ladépouille des vaincus amis ou ennemis. »
(Ibid.; pag. 3îi2 et suiv. — 1808.)
QUELQUES ÉNORMITÉS SOCIALES.
« On voit chaque classe intéressée à souhaiter le mal des autres etmettant partout l’intérêt personnel en contradiction avec le collectif.L'homme de loi désire que la discorde s’établisse dans toutes les bon-