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Études sur les réformateurs ou socialistes modernes : Saint-Simon,-Charles Fourier,-Robert Owen / par Louis Reybaud
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ÉTUDES SUR LES RÉFORMATEURS.

qui plane sans agiter les ailes. Te! est, dans l’autre monde, l’état desdéfunts ou trans mondains : pourvus d’un corps aromal, bien plus lé-ger que l’air, ils planent dans l'air, et de plus dans l’épaisseur de laterre, dont ils peuvent sans obstacles traverser les roches les pluscompactes ’.

» Il nous arrive parfois, pendant le sommeil, de goûter ce plaisir,ce bien-être des corps, parcourant un espace immense avec plus de ra-pidité que l’hirondelle, et se détachant de terre sans interventiond’ailes. C’est une faculté dont jouissent constamment, dans l'autre vie,les âmes des défunts, pourvus de corps aromants. C'est dans ce plaisirinconnu pour nous que consiste le bonheur d'exister et de jouir àchaque instant par le seul avantage de se mouvoir sans fouler la terre,sans jouer des jambes, sans s’aider d’un porteur.

» Nous ne connaissons en ce genre que trois légères transitions :1° la voiture suspendue qui est un mouvement fort agréable aux en-fants : ils s’en font une fête surtout dans le bas-âge : 2» l'équilibre depatins en dehors ; 3o l’escarpolette, mouvement suave qui évite la se-cousse, : il nous rapproche bien davantage du mouvement habitueldes ultra-mondains, qui est celui d’un aigle planant. Cette seule dif-férence de leur mouvement au nôtre, leur procure le plaisir d’exister ;plaisir très-inconnu de nous qui tombons dans le calme et dans l’en-nui dès que nous manquons de fonction attrayante et de distraction.

» Je pourrais décrire beaucoup d’autres jouissances des défuntsqu’il faut nommer vivants ultra-mondains, gens plus virants que nous.Il sera démontré que nous sommes des tortues, comparativement à notresort dans l’autre vie. Cela n’empêche pas que les ultra-mondains nesoient en état de malheur relatif, par la privation d’une infinité debien dont ils jouiraient si l 'harmonie sociétaire était établie ; privationd’autant plus sensible pour eus, qu’ils voient notre globe en état d’or-ganiser l'harmonie dont il jouirait comme eux.

» Le meilleur service à rendre aux défunts comme aux vivants, estdonc d’établir sans délai l'harmonie sociétaire. Du moment où l’har-monie sera organisée, les défunts ou trans-mondains seront d’autantplus heureux, qu’ils ne seront pas sujets à la mort pour rentrer encette vie. Ladite transition est pour eux une fonction analogue à celledu coucher suivi du sommeil. C’est pendant le sommeil qu’on ménageau trans-mondain un corps en cette vie: il ne le rejoint pas au momentde la conception du foetus, mais seulement à l’instant de la dentition.

Toute cette science paraîtra sans doute bien peu orthodoxe à nos physiciens età nos ciiimistes. Elle rappelle les gnomes, les goules, les farfadets et autres imagina-lions chimériques.