Buch 
Études sur les réformateurs ou socialistes modernes : Saint-Simon,-Charles Fourier,-Robert Owen / par Louis Reybaud
Entstehung
Seite
272
JPEG-Download
 

272

ÉTUDES SCR LES RÉFORMATEURS.

» En supposant que le recensement ait donné un franc à Racine poursa tragédie de Phèdre et trois francs à Franklin pour l'invention duparatonnerre, le ministère fait passer h Racine des traites pour lasomme de 600,000 francs et à Franklin pour 1,800,000 francs, sur lescongrès de leurs régions. La somme est répartie sur les 600,000 Pha-langes du globe, dès que l'ouvrage a obtenu la majorité absolue,comme 500,001 voix. En outre Franklin et Racine reçoivent la déco-ration triomphale, sont déclarés magnats du globe, et sur quelquepoint qu'ils le parcourent, ils jouissent dans toute la Phalange desmômes prérogatives que les Magnats de la contrée. Les récompenses,insensibles pour chaque Phalange, sont immenses pour les auteurs,d'autant plys qu’elles peuvent être souvent répétées. !1 se peut queRacine et Franklin gagnent pareille somme l’année suivante en s’illus-trant par quelque autre production qui obtiendra lesulfrage de la ma-jorité du globe.

» Les plus petits ouvrages, pourvu qu'ils soient distingués par l’o-pinion, valent encore aux auteurs des sommes immenses, car si leglobe adjuge :

» A Lebrun, deux sous pour telle ode ,

» A Haydn, un sou pour telle symphonie,

» Lebrun recevra 60,000 francs, et Haydn 50,000 pour un ouvragequi peut-être n’aura coûté qu’un mois de travail. Ils pourront gagnercette somme plusieurs fois dans la même année. Ainsi, une fortune dedix millions sera chose très-commune chez les savants, artistes, litté-rateurs de l’état sociétaire, surtout quand la population portée aucomplet de cinq milliards, formant au-delà de trois millions de Pha-langes, vaudra à un tel auteur, comme Virgile, dix millions de francspour un bel ouvrage comme VÊnéide, que je suppose récompensée àtrois francs.

» Quelle est donc la bizarrerie de nos savants et artistes qui ne leurassure ni gloire, ni fortune, et qui les raille hautement sur leur pau-vreté devenue proverbiale. Aussi dit-on : Gueux comme un peintre,déguenillé comme un pué'te, crotté comme un maître de mathématiques,logé comme un savant, au grenier, tout près des astres.

» Il n’est donc rien de plus molesté par la civilisation, point declasse plus maltraitée par elle, que ces savants qui la prônent et la dé-corent du nom de perfectibilité perfectible. Depuis le prince des poètes,Homère, qui mendiait son pain, jusqu’au prince des sophistes,3.-3. Rousseau, copiant de la musique pour gagner sa subsistance, ona toujours vu le régime civilisé n’assigner aux savants et aux artistesque l’indigence et presque le mépris. »

(Traité de l’Association, p. 268 etsuiv.)