INTRODUCTION.
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verte de génie! L’atelier privé disparaît ainsi devant l’atelieradministratif; le gouvernement se convertit en manufacture.Certes, les révolutions nous exposentà bien des étonnements;mais ce qui excède la mesure, c’est que le public ait pu s’ar-rêter un jour, une heure, à des plans pareils, et que des écri-vains pleins de gravité aient taillé leurs plumes pour lescombattre.
M. Proudhon offre plus de surface et plus de ressourcesdans l’esprit. S’il puise dans le communisme, il varie habile-ment ses emprunts. Avec lui, d’ailleurs, la controverse n’estpoint aisée; il s’y dérobe à l’aide d’un art infini. Personne nerappelle mieux ce dieu de la fable qui changeait de forme aumoment où on allait le saisir. Pour s’échapper à une exécu-tion, au besoin il s’exécute lui-même. Je ne me propose pasde suivre M. Proudhon dans toutes les voltiges auxquelles ils’cstlivré et se livre chaque jour. Je tiens seulement à luidire qu’après avoir fait justice du communisme avec uneverve et un talent réels, il devient communiste quand il dé-clare la guerre au capital, à cet infâme capital, pour employerson expression. A ses yeux, le capital doit être gratuit, c’est-à-dire sans revenu, c’est-à-dire nul; car la valeur du capitalse mesure sur le revenu, d’où il suit qu’aucun capital ne seformerait, faute d’un intérêt à le faire. A ce compte, oùirions-nous? Qui voudrait bâtir des maisons, amender et dé-fricher des terres? Qui songerait aune épargne désormaisfrappée de stérilité? La fin d’un tel régime serait de consom-mer jour par jour, heure par heure, ce que les bras peuventcréer, tout ce que l’intelligence peut produire. Plus de capi-tal! Mais tout est capital ici-bas! Ces canaux, ces routes,legs des générations, sont le capital social; ces champs ferti-lisés, et les moissons qui les couvrent, sont le capital indivi-duel. Veut-on abolir tout cela? Veut-on revenir au temps oùce sol était une lande, où ces voies de communications étaientdes précipices affreux? Le capital n’existait point alors; l’hu-manité n’en avait pas subi les souillures.