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Études sur les réformateurs ou socialistes modernes : Saint-Simon,-Charles Fourier,-Robert Owen / par Louis Reybaud
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ÉTUDES SUR LES RÉFORMATEURS.

Au fond de ces déclamations, un même sentiment se re-trouve ; il sagit dalléger la responsabilité individuelle detous les torts que lon impute au régime social. Naguère onadmettait que lhomme doit porter la peine de ses fautes;on veut aujourdhui que ce soit la société. La société, voilàle grand coupable. Elle a pour mission de procurer auxêtres quelle régit un bonheur sans nuages et sans limites :quand elle y manque, il faut lui demander des comptes sé-vères. Ainsi les termes du programme sont renversés. Pourlindividu, plus de responsabilité ; le devoir collectif a affacéle devoir personnel. Lhomme nest tenu à rien depuis quela société est mise en demeure de pourvoir à tout; cest ellequi est chargée de toutes les invectives comme de toutes lesréparations, et, par une singulière loi déquilibre, on semontre dautant plus exigeant dun côté que lon est plusaccommodant de lautre. On autorise la dépravation desélé-ments sociaux et lon demande une société parfaite.*

Lantiquité na pas commis une semblable méprise. Cequelle a eu d'abord en vue, cest lhomme : elle sest adres-sée à la conscience individuelle plutôt quà la conscience so-ciale; elle a cherché une responsabilité effective, sérieuse,et non une responsabilité abstraite, illusoire. Les grands es-prits, dans l'ordre philosophique et religieux, nont pas uninstant hésité sur ce point ; cest sur léducation de lindividuquils ont fondé le perfectionnement de lespèce. Les formulesles plus célèbres de léthique ancienne intéressent directe-ment lhomme, le prennent à partie pour ainsi dire. Leconnais-toi de Socrate, l abstiens-toi dÉpictète, sont desconseils de morale personnelle, des règles de conduite pré-cises. Le christianisme, à son tour, parle au cœur humaindune manière directe ; il ne sinquiète ni des torts de lacivilisation, ni des imperfections de la société. Dans le