LA SOCIÉTÉ ET LE SOCIALISME.
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schisme même personne ne se paye d’une aussi mauvaisedéfaite. Pélage et Abélard, en exagérant le libre arbitre,Priestley, en inclinant vers la loi de la nécessité, les antino-méens et les déterministes, le Koran empreint de tant defatalisme, le dogme paien qu’assombrit l’expiation, tous lescultes comme tous les systèmes, proclament la responsabi-lité de l'bomme, sans faire jamais au milieu dans lequel ilvit une part trop grande, sans y puiser les éléments d’unejustification aussi dangereuse que commode.
C’est là que se trouve la vérité, non ailleurs : tout autrepoint de vue laisse la passion sans frein, la conscience sansautorité. Aucune société ne résisterait à un régime où lesentiment du devoir personnel s’affaiblirait devant l’inter-vention d’on ne saurait dire quelle tutelle collective. Lacivilisation actuelle est le fruit de l’éducation lente et suc-cessive de l’homme : la loi du devoir a élevé l’individu, etpar conséquent l’association humaine. Sans doute cette loin’a jamais eu une application complète, et bien des infrac-tions en altèrent la vertu, Il n’en est pas résulté, cela estvrai, des sociétés irréprochables; mais le bien qui s’est pro-duit dans le cours des temps émane de ce mobile, et on nesaurait lui imputer le mal qui couvre encore la terre. L’im-perfection de l’homme n’accuse que l’homme, pour qu’ilatteigne l’idéal où il doit aspirer, il ne faut amoindrir ni saliberté ni sa responsabilité. Il y a plus de respect pour ladignité de sa nature chez ceux qui consentent à le voir mal-heureux par sa faute et régénéré par l’épreuve d’un combatinférieur, que chez ceux qui lui arrangent un bonheurforcé et, pour ainsi dire, mécanique, obtenu sans effort,partant sans mérite. La part de l’individu doit être grandedans la direction que prend sa destinée. Si la société enfournit quelques éléments, il appartient à l’homme de se