32 ÊTl’DES SUR LES RÉFORMATEURS.
détention, comme on l’entend, comme on b pratique au-jourd’hui, est un complot incessant contre la société. Elleengendre plus d'attentats quelle n'en punit, et ressemblemoins à une expiation qu’à une menace. Tant que les dé-tenus auront entre eux des communications quotidiennes,il en sera ainsi. Se voir et se parler, pour des criminels,c’est conspirer, c’est s’affermir dans la dépravation. La pri-son renvoie toujours un homme plus vicieux qu’elle ne l’areçu; les plus mauvaises natures y donnent le ton et s’yexaltent par le frottement. Il faut donc séparer, isoler lesdétenus ; tout l’indique. C’est le seul moyen de dissoudreles associations souterraines, de faire tomber en désuétudela langue des bagnes et des maisons centrales. Entre deshommes qui ne se seront jamais aperçus, point de conju-ration possible, point de pacte secret. Le libéré ne (trouveraplus, en quittant la chiourme, des complices pour persé-vérer dans le mal, des railleurs pour le détourner du bien :il sera livré à ses instincts et à ses penchants. La réclusioncellulaire, la séparation rigoureuse des détenus, auront seulesla vertu d’opérer celte dispersion de l’élément pénitentiaireque chaque jour la prison et le bagne versent dans la so-ciété. Vainement essaie-t-on d’y substituer des combinai-sons ingénieuses qui laissent subsister pour les hôtes de lamême maison de détention, la complicité de la vue, dugeste et de la parole Pour être efficace, l’isolement doitêtre complet et le séquestre absolu. Mettre les détenus enprésence dans les ateliers, et leur imposer la loi du silence,a le double inconvénient de créer une contrainte odieuse et'illusoire, et de maintenir tous les mauvais effets des com-
* TAcorie de l’(mprisonneme»tj par M. Chartes Lucas, inspecteurgégéral^cj prison^ du rpyaump.