LA SOCIÉTÉ ET LE SOCIALISME.
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disciplinée. Évidemment c’est dans ce système que la cri-minalité actuelle puise sa principale énergie. Des qu’unhomme a passé dans une maison de détention, sous les yeuxet dans la sphère d’influence des meneurs de la phalangepénitentiaire, il est désormais acquis à une conjuration éter-nelle contre l’ordre légal; il rompt avec la société pourentrer dans un monde à part et s’y élever, d'échelon enéchelon, jusqu’à l’échafaud. Ainsi une première faute de-vient irréparable, et l’abhne appelle l’abime. Ce malheu-reux, une fois entré dans un milieu corrompu, n’aura plusni la vertu ni la force d’en conjurer les atteintes ; la conta-gion le gagnera, il oubliera ses habitudes pour prendre cellesdes détenus, il s’initiera aux beautés de l’argot à l’usagedes malfaiteurs; il entendra chaque jour les récits édifiantsdes héros du crime ; il saura comment ils conduisent leursopérations, quelles ruses ils emploient pour déjouer la sur-veillance, quels complices ils rencontrent, quels lieux ilsfréquentent. Triste, mais inévitable éducation contre la-quelle peu de condamnés savent se défendre, et dont lesrésultats se manifestent clairement dans les tableaux desrécidives !
A cette situation fâcheuse il n’est qu’un seul remède,c’est l’isolement. On a, dans ces derniers temps compromiscelte mesure par des applications politiques. C’est unefaulc; il fallait conserver à l’emprisonnement solitaire le ca-ractère qui lui appartient, et en faire exclusivement unearme cou Ire les malfaiteurs. De l’avis des esprits les pluséclairés et des observateurs les plus réfléchis *, nul moyenn’est plus efficace pour nettoyer les étables du crime; La
1 Du Système pénitentiaireaa.v Éluls-Uuis, par MM. A: île 'Tocque-ville et G. de Beaumont