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ÉTUDES SUR LES RÉFORMATEURS.
malies actuelles, fort discutables d’ailleurs, ne sont qu’unincident fugitif dans cette marche constante et necessaire deschoses. L’ouvrier a eu ses jours d’eufance et d’adolescence;il aura sa période de maturité. C’est à lui d’entrevoir déjàcet avenir et d’y aspirer. Pour s’en montrer digues, il fautque les ouvriers éteignent en eux les prétentions inquièteset sans but, la soif des réformes impossibles, le besoin d’a-gitations ruineuses. Leur principale force est dans leur mo-dération et dans ce progrès lent qui détache incessammentde leur classe des sujets intelligents et laborieux pour lesélever dans l’échelle sociale. Ils ont pour eux le titre de no-blesse des sociétés modernes, le travail ; soldats de l’arméeindustrielle, leur avancement est dans leurs mains, et il n’estpoint de grade auquel ils ne puissent prétendre. Cette am-bition légitime vaut mieux que tous les rêves qui préten-dent faire de notre globe un palais d’Aladin, et de chaquehomme un millionnaire.
Il n'est pas sans intérêt de faire remarquer de nouveauà quelles contradictions se laissent aller des écrivains qui par-lent au hasard des classes laborieuses. D'un côté on repré-sente ces classes comme en butte à toutes les misères, enproie à toutes les dégradations. Aucune couleur n’est assezsombre pour ces tableaux; les populations des truands n’ha-bitaient pas, dit-on, des logements plus infects, n’avaientpas des mœurs plus repoussantes. Quand la description estachevée, qu’on a épuisé ce minutieux inventaire de la souf-france et de l’abjection, on élève un cri d’accusation contrela société au sein de laquelle de pareils symptômes se ma-nifestent. Tel est le premier point de vue ; maintenant,voici le second. Ces classes que l’on vient de voir si abaisséesse relèvent le front ceint d’une divine auréole. A elles toutela vertu, tout l’honneur qui se rencontrent encore ici-bas!