LA SOCIÉTÉ ET LE SOCIALISME.
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C'est chez elles qu’il faut chercher l’inspiration véritable ,la science supérieure; les ouvriers seuls sont de grands phi-losophes et des poètes immortels. Veut on sur les desti-nées à venir une révélation sûre et pertinente, c’est à unébéniste qu’il faut la demander; désire l-on entendre desvers où règne le sentiment exquis de l’art, où respirent lesbeautés de la nature, un tailleur de pierre a seul aujour-d’hui la puissance d’enfanter ce chef-d’œuvre. Quels rap-ports n'a-t-on pas découverts entre la métaphysique socialeet la menuiserie? Le rabot conduit directement à une in-tuition merveilleuse de la marche de l’humanité, à une cri-tique raisonnée du libre arbitre et de la prédestination.Voyez-vous d’ici un forgeron arrêtant son soufflet pour dis-cuter sur l’objectif de Kant et sur la hiérarchie des capa-cités de Saint-Simon? C'est pourtant la prétention que l’onvoudrait inspirer à la classe ouvrière; on en fait une tribude docteurs et de rimeurs. Singuliers amis du peuple queces écrivains qui, d’une part, le dégradent jusqu’à la calom-nie afin de le rendre plus digne de pitié, et de l’autre quandil a besoin du pain , l’invitent à se repaître de fumée !
On dirait qu’on ne peut pas parler aujourd’hui des classeslaborieuses sans tomber dans l’un ou l’autre excès. C’esttoujours et à propos de tout la mémo absence de mesure.Une pareille tendance ne saurait avoir que des résultats forttristes. Il est dangereux d’inspirer aux hommes le dégoût: de leur condition et de leur faire des promesses qui ne se-ront pas tenues ; on s’expose à les voir continuer l’utopiedans le sens de la passion et venger leurs mécomptes par} des tentatives de bouleversement. Si l’ouvrier ne veut pas! devenir le jouet d'une déception amère, il faut qu’il se mc-[ fie de ses flatteurs. Son rôle ici-bas n’est celui ni d’unI héros de roman, ni d’un poëto ; il remplit des fonctions