DES IDÉES ET DES SECTES COMMUNISTES.
67
sées , combien sont vaines ces poursuites. Si les maladiesdu cerveau ne sont pas nouvelles, elles n’ont jamais été biencontagieuses.
11 est vrai que Platon disait, il y a plus de deux milleans, en parlant de sa république imaginaire : « Quelquepart que cela se réalise ou doive se réaliser, il faut que lesrichesses soient communes enlre les citoyens, et que l’onapporte le plus grand soin à retrancher du commerce de lavie jusqu’au nom de la propriété 1 . » Mais quand le philo-sophe athénien s’exprimait avec une témérité si grande, ilmesurait ses paroles à l’intelligence de son auditoire. Platoncréait un idéal cl le rejetait au delà des confins du possible;il abandonnait le monde réel pour entrer dans le pays desfables. L’intention était transparente; personne autour delui ne s’y trompait. Sa fiction se défendait d’être prise à lalettre et respirait cette ironie délicate dont les anciens sem-blent avoir emporté le secret. Aux vices des civilisations dutemps elle opposait les merveilles d’une civilisation chiméri-que, elle se servait d’un plan de société pour conclure à uneleçon de morale. Voilà dans quel sens Platon doit être com-pris : son idéal n’a qu’une valeur d’antithèse.
Les fictions issues de la sienne ont aussi ce caractère deprotestation tantôt formelle, tantôt détournée. Plus l’époqueest ombrageuse, plus elles s’empreignent d’exagération, afind’éloigner le soupçon d’une allusion trop directe. SousLouis XIV, Fénelon rêve une Salente où rien ne rappelleles formes de la monarchie. Sous Henri VIII, le chancelierMorus recommence Platon et écrit, aux applaudissementsd’Erasme, son Utopie , nom générique désormais de touteune famille d’écrits. Morus, d’ailleurs, exprime ses réserves :
f Lit re des Lois.