DES IDÉES ET DES SECTES COMMUNISTES. 91
l'exploitation administrative. Ce double calcul est adroit; iltémoigne que les égaux, en se livrant à l’imaginaire, n’a-vaient pas entièrement perdu le sentiment du réel.
II n’y a pas à discuter particulièrement leur utopie; elleressemble à celles qui ont précédé et se rélléchit danscelles qui vont suivre. On y voit dominer cette abstractioninfaillible et toute-puissante qui, sous le nom de gouverne-ment, joue le rôle d’un dieu descendu sur la terre. C’estlà une tendance qui ne saurait être trop remarquée. Ladernière conséquence de l’esprit révolutionnaire sembleraitêtre le despotisme. Naguère on se défiait du pouvoir, on letenait pour suspect ; le combattre cl le limiter était latâche des hommes qui s’en tiennent à l’écart. Maintenantrien de tout cela : on parle au contraire d’étendre d’unemanière indéfinie l’action de l’autorité, et non-seulementdans la politique, mais dans l’ordre entier des relationshumaines, vulgaires ou élevées, grandes ou petites. Onpensait hier que la puissance qu’ont les individus de dis-poser d’eux-mèmes et d’exercer librement leurs facultésétait la plus précieuse conquête des siècles; aujourd'hui onaffirme qu’il n'y a de perfectionnement possible que dansla servitude des individus, dans l’enchaînement de leuressor particulier. Telle est la logique des partisans de lacommunauté. Un homme devient un chiffre, une simpleunité, et toutes les unités se valent. Le despotisme ne s’exer-cera plus du fort aux faibles, mais des faibles aux forts; iln’ira plus des intelligents aux ignorants, mais des ignorantsaux intelligents. Le règne des intelligents et des forts n’apas été exempt d’abus, d’injustices et de violences ; celuides ignorants et des faibles sera un modèle de mansuétude,de désintéressement et de vertu. Réduite aux termes lesplus simples, ainsi s’exprime la nouvelle théorie.