ÉTUDES SUR LES RÉFORMATEURS.
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ni pour la décence publique. » Certes, voilà un gage dehaute civilisation !
En Icarie, c’est l’Etat qui fait tout. Il a une grande impri-merie, une grande boulangerie, de vastes abattoirs, d’im-menses restaurants, de gigantesques ateliers de tailleurs, decouturières, de tapissiers, d’ébénistes. Ici l’on confectionneles chaussures, là les étoffes, plus loin les ustensiles. Les ali-ments sont réglés par la loi, l’ordinaire est voté chaqueannée par les chambres. On a des cuisiniers nationaux, desmaçons nationaux, des blanchisseurs nationaux. L’Icarie avoulu faire quelque chose pour le sexe, en l’admettant à decertaines professions que notre société lui interdit, commela chirurgie et la médecine. Les malades sont tous soignésdans des hospices publics : quant aux infirmes, leara n’enconnaît pas. Il est vrai que l’espèce y est l’objet «de croise-ments fort bien entendus. Le brun est invité à choisir uneblonde, la brune un blond ; le montagnard recherche la filledes plaines, l’homme du nord la vierge du midi. On a ainsides sujets de toutes les nuances et de magnifiques produits.Dans les moindres actes de la vie, les Icariens procèdentavec ce soin méthodique : la loi a tout prévu, tout réglé,jusqu’aux heures du lever et du coucher. A cinq heures dumatin la population entière est debout, à dix heures du soirelle se met au lit. Pendant l’intervalle consacré au sommeil,on ne trouve pas une àmc dans les rues ; la police se faitd’elle-même. L’Icaric a pourtant négligé d’emprunter à Mo-rus et aux jésuites du Paraguay deux institutions fort origi-nales. L’une obligeait les fiancés à se voir sans vêtements,afin que sur aucun point il n’y eût de surprise ; l’autre, ima-ginée par les bons pères, consistait à éveiller les couples uneheure avant le lever, on devine dans quel intérêt. Mais cesomissions sont amplement réparées parla vigueur du régime