Buch 
Études sur les réformateurs ou socialistes modernes : Saint-Simon,-Charles Fourier,-Robert Owen / par Louis Reybaud
Entstehung
Seite
126
JPEG-Download
 

126

ÉTUDES SUR LES RÉFORMATEURS.

de notre loi civile, les fortunes, on le sait, n'arrivent pres-que jamais jusqu’à la troisième génération ; et combien sefractionnent, avant ce laps de temps, soit, dans un partagesuccessoral, soit dans les chances aléatoires du commerce etde l’industrie! C’est, là un roulement naturel, subi sansmurmure parce qu’il tient à la force des choses et pèse surtous également. En serait-il de même d’un roulement arbi-traire, où la main de l’homme jouerait un rôle, qui pren-drait aux uns pour donner aux autres, et pour guérir unedouleur ferait ailleurs une blessure? Ces procédés de dicta-ture économique ne sont d’ailleurs pas nouveaux : ils res-semblent aux avanies turques et aux rançons frappées sur lesjuifs du moyen âge. Ils ont pour premier clfet de faire dis-paraître la richesse, et alors commence une déplorable éga-lité, l égalité devant la misère.

Aucun temps ne fut plus tourmenté que le nôtre par l’es-prit d’aventures. De toutes parts, on est en quête du bon-heur, on le poursuit dans mille directions, on le cherche oùil n’est pas. On le demande à des combinaisons artificielleset extérieures, tandis que son siège est surtout dans le cœurhumain. Des imaginations inquiètes se tournent vers unnouveau mobile civilisateur ; personne ne songe à l’homme,en qui se trouvent les éléments de toute amélioration et detout progrès. Pendant que les sociétés chimériques pullu-lent, on laisse la société réelle marcher au hasard, sans butet sans idéal. Le phénomène de ces sectes qui s’engendrentles unes les autres tient à cette situation, et dans ce senscette histoire méritait d’être racontée. Un coup d’œil jetésur les égarements de l’esprit humain a toujours un utilerésultat : il raffermit dans la pratique du bon sens en mon-trant où conduisent les vertiges de la pensée.