LES UTILITAIRES ET JÉRÉMIE BENTHAM.
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Bentham naquit en 1748 et mourut eu 1832. Sa pre-mière publication est de 1771, et depuis cette date jusqu’ilsa mort, il ne cessa pas un seul jour d’écrire, ce qui faitsoixante et un ans de travail littéraire. Peut-être faut-il re-trancher de ce chiffre une période de jeunesse qu’il n’as-treignit pas complètement aux habitudes laborieuses de savie ; mais il resterait encore quarante années dont toutes lesheures disponibles furent consacrées à la recherche du bienet à l’étude de la vérité. Personne mieux que notre philo-sophe ne connut le prix du temps et n’arrangea son existencede manière à l’employer tout entier. A mesure que de nou-velles perspectives s’ouvraient devant son regard et quel’horizon de ses idées s’agrandissait, il éprouvait le besoind’un recueillement plus absolu et d’une méditation plusprofonde. Les heures, si longues pour les désœuvrés, étaientdonc toujours trop courtes pour lui ; aussi les ménageait-ilavec un soin méthodique et ne les laissait-il pas s’envoler endistractions frivoles. Ni les plaisirs du monde, ni les jouis-sances du luxe, ni les raffinements de la civilisation, ne pu-rent le captiver un moment: il n’en usa que de loin en loinet dans l’intérêt de ses poursuites morales ou philosophi-ques. Avec l’ordre qui présidait à tous ses actes et à toutesses conceptions, il avait réglé ses journées de manière à exé-cuter la plus grande somme possible de travail avec lamoindre dépense de santé. Tout était ainsi chez lui arrêtésystématiquement et invariablement. Jamais il n’acceptaitun dîner hors de sa maison, si ce n’est une fois par an,chezsir Samuel Romilly. « Plus j’avance dans la vie, écrivait-ilen 1824 à Burdett, plus je sens la nécessité de n’aller ren-dre des visites que pour un besoin réel et dans un but dé-terminé. Les enquêtes du parlement nous donneront l’oc-casion de nous rencontrer, et je saisirai cette occasion pour