LES UTILITAIRES ET JÊHÉMIE BENTHAM.
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votre ami? Qu’avais-je fait pour mériter un pareil traite-ment? Quoi! vous, milord, éprouvé par tant de calomnieset tant de traverses; vous, dont le caractère a été trempépar l’adversité, et dont toute parole doit être réfléchie,vous avez pu trouver quelque plaisir à choisir une victimeobscure, à la mordre en faisant semblant de l’embrasser, àvous faire un jeu de l’affection et des épanchements de l’in-timité !
» Quel marché peut être plus sacré que celui où se trouvetoute la bienveillance d’une part, toute la reconnaissancede l’autre? Cela ne constituait-il pas, dans la plus rigoureuseacception du mot, une promesse? Etait-il nécessaire dedonner ou d’exiger plus de garanties? Y a-t-il eu de mapart quelque chose qui ressemblât à un refus? Y avait-ilseulement une simple hésitation, un nolo episcopari ? Etdans tous les cas, la délicatesse même n’exigeait-elle pas,des deux côtés, qu’on n’y mît ni plus de précision, ni plusd’insistance ? »
Ainsi s’exprime Bentham dans cette lettre, où son déses-poir naïf occupe soixante et une pages. Ce langage, il fautle croire, parut étrange à lord Lansdowne ; les ministres,même déchus, n’en entendent pas souvent de pareil. Cepen-dant il sut se contenir, et comprit à quelle nature excep-tionnelle il avait affaire. La réponse qu’il fit à Bentham estpleine d’une dignité à la fois aimable et affectueuse. Il leplaisante le plus doucement du monde sur les soixante etune pages de son épîlre, le sermonne comme un enfant, leconsole comme un ami. « Je vous assure, lui dit-il solen-nellement, sur ma parole et sur mon honneur , que je nevous ai jamais fait l’offre que vous m’attribuez. » C’étaitdire au philosophe, avec toutes les formes possibles, qu’ilétait le jouet d’un rêve, et qu’il devait à l’avenir se défier