LES UTILITAIRES ET JÉ1.ÉHIE BENTHAM.
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m’eu ayez tant dérobé. Si je suis, comme je le crois, unami du genre humain, à ce point de vue vous devez en êtrela plus cruelle ennemie. »
A dessein cette aventure de Bentham a été racontée avecquelque détail. C’est surtout dans ces nuances intimes quese reconnaît un caractère ; on y voit l’homme sous l’écri-vain. Ainsi le grave penseur qui ne transigeait avec aucunpréjugé social devint lui-même tributaire de la faiblessehumaine, et nourrit pendant cinquante ans une passion pla-tonique. On ne nous a pas habitués à voir Bentham sous cetaspect,et sans ses compendieux mémoires, celte circonstanceserait perdue pour la postérité. Du reste, il est impossiblede ne pas trouver quelque charme dans des amours aussichastes et aussi constants. Plusieurs des lettres du philosopherespirent une aménité, une sensibilité réelle; l’esprit même,l’ironie, la grâce, n’y manquent pas. En dehors des facultéssupérieures qui assurèrent l’éclat de son nom, Benthampossédait des qualités de cœur qui rendirent son intimitédésirable et précieuse. Lord Lansdowne, on a pu le voir, yattachait un grand prix, et dans le cours de la maladie quil’emporta, lady Lansdowne ne voulut recevoir que deuxpersonnes, lui et le colonel Barré. La fraternité de Dumontet de Bentham est restée célèbre. Grâce au publiciste gene-vois, la plupart des travaux du criminaliste anglais virentd’abord le jour en langue française : la traduction devançaainsi l’original. Entre les deux amis, les relations se main-| tinrent sur le meilleur pied pendant trente années. Il pa-i raît cependant que, peu de temps avant la mort de Dumont,: quelques nuages passèrent sur cette affection et y jetèrentidu refroidissement. Tout prouve que la faute n’en doit pasièlre imputée à Bentham; personne n’eut un caractère plus;sùr que le sien. Des hommes éminents, comme Romilly,